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2019-12-07

  • 14:07 UTC Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 26 novembre 2019


    Bannière de l'émission

    Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 26 novembre 2019 sur radio Cause Commune
    Intervenant·e·s : Noémie Bergez - Julien Négros - Chris Woodrow - Xavier Berne - Étienne Gonnu - Frédéric Couchet - Étienne Gonnu à la régie
    Lieu : Radio Cause Commune
    Date : 26 novembre 2019
    Durée : 1 h 30 min
    Écouter ou enregistrer le podcast
    Page des références utiles concernant cette émission
    Licence de la transcription : Verbatim
    Illustration : Bannière radio Libre à vous - Antoine Bardelli ; licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo radio Cause Commune, avec l'accord de Olivier Grieco.
    NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
    Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

    logo cause commune

    Transcription

    Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

    Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous. Vous êtes sur la radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. La radio dispose également d’une application Cause Commune pour téléphone mobile.

    Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.

    Nous sommes mardi 26 novembre 2019, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.

    La radio dispose d’un salon web. Vous pouvez utiliser votre navigateur web pour vous rendre sur le site de la radio, causecommune.fm, vous cliquez sur « chat » et vous nous rejoignez sur le salon dédié à l’émission pour échanger avec nous, faire des remarques ou poser des questions.

    Le site de l’April c’est april.org et vous y retrouvez déjà une page consacrée à l’émission avec les références utiles que nous compléterons après l’émission en fonction de nos échanges

    Nous vous souhaitons une excellente écoute.

    Nous allons passer au programme de cette émission.
    Nous commencerons dans quelques instants par la chronique « In code we trust » de Noémie Bergez, avocate au cabinet Dune, qui va nous parler de legal design et de legaltech.
    D’ici une quinzaine de minutes nous aborderons notre sujet principal qui portera sur la stratégie logiciel libre de la MAIF et d'Enercoop.
    En fin d’émission nous aurons chronique de Xavier Berne, journaliste à Next INpact qui va nous parler du projet de loi économie circulaire et notamment de l’obsolescence programmée.
    À la réalisation de l’émission aujourd’hui mon collègue Étienne Gonnu. Bonjour Étienne.

    Étienne Gonnu : Salut Fred.

    Frédéric Couchet : Tout de suite place au premier sujet.

    [Virgule musicale]

    Frédéric Couchet : Évoquer le code à la main une règle de droit ou un procès en lien avec les œuvres, les données, les logiciels ou les technologies, c’est la chronique « In code we trust », « Dans le code nous croyons », de Noémie Bergez, avocate au cabinet Dune. Bonjour Noémie.

    Noémie Bergez : Bonjour Fred.

    Frédéric Couchet : Aujourd’hui tu souhaites nous parler de legal design et de legaltech.

    Noémie Bergez : Effectivement, la chronique de ce jour porte sur la véritable révolution numérique, technologique, qui s’opère actuellement dans le monde du droit.
    Il faut dire que le droit est plutôt perçu comme une matière très classique et traditionnelle dans son approche et dans ses moyens. Pour ceux qui l’ignorent, cette perception était en fait assez réaliste mais jusqu’à peu parce qu’en effet, petit à petit, le monde juridique et judiciaire se transforme et s’habitue à l’ère numérique. Dans les cabinets d’avocat, les ordinateurs ont définitivement remplacé la machine à écrire ; les grands ouvrages théoriques sont à présent numérisés et accessibles sur abonnement en ligne ; les codes sont librement consultables sur Légifrance. Chez les notaires vous pouvez signer votre acte de vente électroniquement. Devant certaines juridictions les décisions sont même envoyées par voie électronique et vous pouvez contacter les greffes par e-mail. En matière pénale vous pouvez déposer des pré-plaintes en ligne.
    Bref ! Les professionnels du droit ne passent pas à côté des moyens informatiques.
    Mais, dans le même temps, il s’est passé une prise de conscience que le droit est complexe et souvent incompréhensible pour des profanes. Pourtant nul n’est censé ignorer la loi, aussi compliquée à comprendre soit-elle. C’est donc dans ce contexte que sont apparus le legal design et les legaltechs qu’on pourrait traduire comme le design juridique et les technologies juridiques.

    S’agissant du legal design, comment pourrait-on le définir ? On pourrait dire que c’est une manière de proposer le droit et les raisonnements juridiques de façon illustrée ou visuelle. Historiquement c’est en 2009 que le legal design voit le jour autour d’un guide illustré pour présenter les droits des vendeurs ambulants à New-York sous forme de dessins et de schémas. Ce guide a été créé par la designer Candy Chang et le Center for Urban Pedagogy de New-York et il permettait, en fait, de comprendre des règles qui étaient assez complexes de manière visuelle donc adaptée à un public qui ne connaissait pas le droit. C’est en 2014 que le legal design est théorisé par Margaret Hagan à l’université de Stanford.
    L’objectif du legal design c’est de rendre intelligible le droit par un usage de visuels, de symboles, de schémas, d’infographies. À terme, on pourrait même penser que le legal design va s’intégrer dans l’ensemble de nos productions juridiques, que ce soit dans des contrats avec des repères visuels, dans des notes avec des schémas ou même dans des conclusions pour les juges avec des tableaux.
    Peu à peu le legal design prend sa place et les professionnels du droit se forment à ce domaine.
    En France, depuis 2017, on a l’association Open Law dont je vous invite à consulter le site internet qui organise des ateliers sur le legal design et d’autres évènements. Il est également enseigné à l’École française du barreau qui forme les jeunes avocats depuis 2018. L’École des avocats du Grand Est enseigne également ce legal design aux élèves. Pour faire du legal design, évidemment, il faut un attrait pour le droit mais également pour le design parce que, au cœur du legal design, il y a l’image, l’importance de l’image.

    Au-delà du visuel le monde du droit est aussi directement impacté par les technologies.

    C’est là où j’en viens sur la legaltech. En français on pourrait dire comme technologie juridique ou plutôt une technologie au service du droit, elle vient de l’anglais Legal Technology donc l’usage de la technologie et de logiciels pour offrir des services juridiques. On peut faire le parallèle, en fait, avec le milieu de la finance et la Fintech, ou encore, dans le domaine médical, la Medtech.
    Le terme legaltech provient des États-Unis, c’est depuis le début des années 2000 qu’il est utilisé. En fait, il désigne une automatisation d’un service juridique, que ce soit au niveau du support du document produit ou du processus ou de la relation avec les professionnels du droit. En réalité, c’est une nouvelle façon de dispenser des services juridiques dans un univers qui est resté quand même assez figé pendant des décennies. Évidemment les legaltechs attirent les jeunes générations puisque c’est une forme d’exercice qui est innovante. Elles visent un public très large. Initialement, les legaltechs étaient plutôt destinées à des très petites entreprises ou des entreprises de taille moyenne, voire des particuliers qui sont des justiciables, puisqu’elles leur permettaient en fait, avec des revenus très raisonnables, d’accéder à des services juridiques. Aujourd’hui ce public s’est élargi : les grandes entreprises développent leurs propres legaltechs. On a en France quasiment près de 200 legaltechs qui ont été créées. Elles s’adressent aussi, maintenant, directement aux acteurs traditionnels du droit. Donc on a un certain nombre de sociétés qui se spécialisent dans ces nouveaux services.
    Depuis environ cinq ans, en France, l’écosystème de la legaltech s’est développé dans différents domaines, pas uniquement juridiques d’ailleurs puisqu’on a des services qui proposent de la gestion d’affaires, de la facturation, de la comptabilité. Les legaltechs permettent aussi le stockage et la génération de documents.
    On se retrouve avec des plateformes qui peuvent parfois mettre en relation des clients avec des avocats ou qui peuvent fournir des outils à des particuliers ou des entreprises, leur permettant, par exemple, de faire eux-mêmes, de produire eux-mêmes du contenu juridique. L’accès est souvent simplifié : on s’inscrit sur la plateforme, on choisit sa prestation, on paye et on exécute la prestation. C’est relativement simple.

    Ça m’amène à un sujet qui est, en ce moment, très en vogue dans le milieu juridique c’est la question du potentiel de la blockchain.
    La blockchain c’est cette technologie de stockage et de transmission d’informations qui est transparente et sécurisée et qui fonctionne sans organe central de contrôle. Elle peut-être publique ou privée et elle permet, en fait, d’échanger des données qui sont sauvegardées dans des blocs liés les uns aux autres, d’où le terme de blockchain. Aujourd’hui, le monde juridique est particulièrement intéressé par ce service puisque, d’une part, il offre un caractère probant très fort puisqu’il permet de stocker un document juridique tel qu’un contrat par exemple pour sécuriser des engagements ; on sécurise les engagements des parties. En cas de litige chacune des parties y a accès facilement et elle peut démontrer quelles étaient les obligations que l’autre partie devait respecter.
    Le deuxième aspect qui intéresse le monde juridique c’est la possibilité de créer des Smart Contracts, des contrats intelligents, pour exécuter automatiquement des engagements. Ces contrats sont créés directement depuis la blockchain qui est encore une nouvelle technologie qui vient, en fait, révolutionner le monde du droit.

    On peut se poser la question : quel est le rôle des professionnels du droit dans ces innovations ? Il est quand même important puisque, effectivement, on produit du contenu, mais évidemment il peut y avoir un risque sur le contenu qui est produit d’où le fait qu’il puisse y avoir du contentieux sur ces documents qui sont faits par le biais de ces plateformes et c’est pour ça que l’avocat, aujourd’hui, a sa place, en fait, dans ces nouvelles technologies puisqu’il est là quand même pour vérifier que la documentation est bien correcte et avoir un rôle de support. C’est pour ça que les avocats se forment à la legaltech. On a notamment l’École française du barreau qui forme les avocats parisiens qui a créé un « lab », un espace de formation pour préparer aux enjeux de cette transformation de notre activité, notre profession. L’université Paris 2 propose également un diplôme universitaire de Transformation digitale du droit et legaltech. Il y a un incubateur physique qui a été lancé par le barreau de Paris pour accompagner les innovations qui sont portées par les avocats.
    C’est vrai qu’au-delà de ces services on a, en réalité, de nouveaux modes de compréhension du droit. C’est vrai que dans l’essor de ces nouvelles technologies on voit apparaître aussi, par exemple, les domaines de gamification, c’est-à-dire qu’on voit le secteur du jeu qui vient se confronter au secteur juridique. En septembre dernier a eu lieu la première édition de la Legal Games Week organisée par l’association Open Law et l’École des avocats du Grand Est. L’objectif, en fait, c’est de créer des outils juridiques ludiques pour comprendre des problématiques juridiques qui peuvent être complexes par le biais de serious games, de quiz, d’escape games. Donc c’est vrai que ce secteur est en train, petit à petit, de subir une révolution.

    Autre révolution qu’on connaît un peu c’est la justice prédictive. C’est une notion qui est récente. Qu’est-ce que la justice prédictive ? La justice prédictive c’est s’appuyer sur des algorithmes pour analyser des décisions de justice qui sont rendues par les tribunaux et permettre de connaître des conséquences chiffrées de ces jurisprudences ou des arguments pertinents qui sont retenus par les juges.

    On voit vraiment qu’aujourd’hui les nouvelles technologies s’intègrent dans notre manière d’exercer.
    Ce qui est intéressant aussi, et je fais le lien avec le Règlement général sur la protection des données, c’est que, finalement, l’encadrement juridique est quand même présent et on met des gardes-fous puisque l’article 22 du RGPD prévoit qu’il doit y avoir une intervention humaine à toute décision automatisée. Donc toute personne a le droit d’obtenir une intervention humaine en cas de traitement de données à caractère personnel. Là aussi on voit quand même que derrière toutes ces nouvelles technologies il y a des hommes et qu’on fait attention à ce qu’il y ait toujours un homme derrière.

    Si ces sujets vous intéressent et si vous souhaitez en savoir plus, se tient actuellement le Village de la Legaltech les 26 et 27 novembre 2019 à Paris à la Cité des sciences. C’est un salon qui organise des rencontres, de l’information, des espaces d’exposition et des conférences pour, justement, faire découvrir ces nouvelles technologies qui se confrontent au domaine du droit et faire en sorte qu’ensemble elles puissent aboutir à une meilleure compréhension de nos domaines et de nos règles.
    J’en aurai terminé sur cette présentation.

    Frédéric Couchet : Merci Noémie. Il y a beaucoup de références qui ont été citées. La plupart sont déjà présentes sur le site de l’April, april.org, et sur le site Cause Commune, causecommune.fm. Nous encourageons évidemment toutes les personnes, en tout cas celles qui habitent en région parisienne, à aller à la Cité des sciences et de l’industrie pour se renseigner plus en avant.
    Je précise que la prochaine chronique avec Noémie sera en public, le 10 décembre 2019 en direct du salon POSS qui a lieu à Paris. On aura l’occasion d’en reparler. Donc la prochaine chronique sera en public. N’hésitez pas à venir pour voir Noémie intervenir en chronique et éventuellement lui poser des questions si vous en avez envie.
    En tout cas merci Noémie. Je te souhaite une belle fin de journée.

    Noémie Bergez : Merci. Excellente journée.

    Frédéric Couchet : Donc à mardi 10 décembre.
    Nous allons faire une pause musicale.

    [Virgule musicale]

    Frédéric Couchet : Nous allons écouter Natca par Khanat. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause commune.

    Pause musicale : Natca par Khanat.

    Voix off : Cause Commune 93.1.

    Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Natca par Khanat, disponible sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions. Vous retrouverez la référence sur le site de l’April, april.org, et sur le site de la radio, causecommune.fm.

    Vous écoutez toujours Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm. Nous allons passer à notre sujet principal.

    [Virgule musicale]

    La stratégie logiciel libre de la MAIF et d'Enercoop

    Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre par notre sujet principal qui va porter sur la stratégie logiciel libre de la MAIF et d’Enercoop. J’ai le plaisir d’avoir avec moi par téléphone Chris Woodrow qui est conseiller en technologies et responsable de la stratégie open source du groupe MAIF. Bonjour Chris.

    Chris Woodrow : Bonjour.

    Frédéric Couchet : Et en studio avec nous Julien Négros administrateur système d’Enercoop. Bonjour Julien.

    Julien Négros : Bonjour.

    Frédéric Couchet : Aujourd’hui, l’objet de cette émission, c’est un peu d’expliquer pourquoi deux entreprises privées, qui ont évidemment des structures assez particulières et ces personnes vont l’expliquer, ont mis en place une stratégie logiciel libre, où elles en sont et quels sont les projets à venir.
    D’abord une petite présentation personnelle et de vos structures, rapidement, pour poser un petit peu le cadre. On va commencer par Julien Négros.

    Julien Négros : Moi je viens de la licence CoLibre dont vous aviez reçu le créateur, Vincent Mabillot, ici même je crois, par téléphone il me semble. Après j’ai travaillé dans une SS2I [Société de services en ingénierie informatique] plus classique où il y avait une démarche assez volontariste envers les logiciels libres, mais on était très loin de la priorité. Depuis deux ans je travaille chez Enercoop parce que j’ai vu, comme ça, une offre d’administration système avec un système d’informatique qui était basé en majorité sur des logiciels libres, notamment au niveau du poste de travail ; c’est ça qui m’a attiré le plus parce que ça se fait très peu finalement. Voilà.

    Frédéric Couchet : Et petite présentation d’Enercoop, une phrase et on y reviendra en détail après.

    Julien Négros : En une phrase. Enercoop c’est un réseau de coopératives un peu partout en France qui est un fournisseur d’électricité où tout le monde, particuliers et professionnels, peut s’abonner pour avoir de l’électricité, qui a la particularité d’être en contrat direct avec les producteurs. Beaucoup de structures font de l’énergie verte, mais pas comme nous où c’est du circuit court, très peu, et on est sous forme de coopérative.

    Frédéric Couchet : D’accord. Même question pour Chris Woodrow de la MAIF.

    Chris Woodrow : Je travaille pour la MAIF, la mutuelle d’assurance des instituteurs de France qui est une mutuelle d’assurance qui a été créée en 1934, qui s’adressait majoritairement aux instituteurs à l’origine et qui s’est ouverte depuis. Mon parcours c’est plutôt du côté développement logiciel, ça fait un peu plus de 15 ans que je travaille dans le développement logiciel, donc j’ai travaillé dans plusieurs sociétés ces dernières années. Il y a quelques années, la route m’a mené vers la MAIF à la fois pour la partie ingénierie logicielle et aussi architecture et tout mon travail à la MAIF nous a mené vers la mise en œuvre d’une stratégie open source qui est assez singulière. J’imagine qu’on va développer ça tout à l’heure.

    Frédéric Couchet : Tout à fait. Là c’était une présentation introductive. J’ai d’ailleurs noté un truc intéressant de convergence entre vous et entre l’émission : Enercoop, l’énergie militante ; la MAIF, l’assureur militant et vous intervenez dans Libre à vous ! l’émission militante. Voilà une convergence et ce n’est évidemment pas la seule convergence.
    Premier sujet qu’on va aborder, la MAIF comme l’a dit Chris Woodrow c’est 1934 ; Enercoop, c’est 2005 je crois bien.

    Julien Négros : C’est ça.

    Frédéric Couchet : Donc deux structures avec quand même une histoire différente, mais deux structures qui ont une démarche logiciel libre. Première question : à quel moment a été fait ce choix de cette mise en place d’une stratégie logiciel libre ? Pourquoi et pour quelles raisons ? On va commencer par Chris Woodrow de la MAIF.

    Chris Woodrow : L’utilisation de logiciels libres à la MAIF remonte à plusieurs dizaines d’années. On utilise assez massivement Linux sur nos serveurs de production. Évidemment on avait un historique qui était plus sur des systèmes propriétaires, mais on a assez rapidement bifurqué vers des solutions libres. Effectivement on a encore du reste, quelques logiciels propriétaires qui résistent, mais on a quand même une stratégie d’assez long terme sur le sujet.
    Après, la particularité qu’on a, je pense, c’est le fait d’avoir une posture d’éditeur de solutions open source : on édite depuis janvier 2018 des solutions open source que nous avons développées et qu’on utilise chez nous en production. Ça répondait à un vrai besoin chez nous et on s’est dit que ça pouvait être cohérent, que c’était une idée qui pouvait être intéressante de partager ces logiciels pour pouvoir les ouvrir à l’utilisation ou à la contribution vers d’autres sociétés, des particuliers, etc.

    Frédéric Couchet : D’accord. Julien Négros, concernant Enercoop, comment s’est mise en place cette stratégie ?

    Julien Négros : Moi je suis encore un peu frais dans la coopérative, mais je me suis renseigné auprès de l’un des fondateurs, Julien Noé, qui m’a dit qu’il faut savoir qu’Enercoop est né en partie de Greenpeace et dans cette entreprise le DSI…

    Frédéric Couchet : La DSI, c’est la direction des systèmes d’information.

    Frédéric Couchet : Oui, la personne qui gérait le système d’information était très au fait des logiciels libres et aussi militante du logiciel libre, et elle lui a indiqué que ces valeurs étaient tout à fait en adéquation avec ce qu’il voulait faire avec Enercoop. Du coup ça a commencé de manière assez lente, on va dire, le début. Jusqu’en 2013 il n’y avait pas réellement de DSI, en l’occurrence de système d’information chez Enercoop parce que c’était trop petit et c’était donc Julien Noé qui s’occupait de ça.
    Au niveau des postes de travail ça restait du classique Windows, par contre, quand ils avaient un besoin logiciel, ils allaient chercher dans le catalogue Framasoft pour voir s’il y avait possibilité d’utiliser et dès que c’était viable, un minimum possible, il y avait quand même la volonté de prioriser le logiciel libre.
    À partir de 2013, il y a une personne qui a été dédiée à la gestion de l’informatique, elle aussi militante du logiciel libre, qui a voulu migrer le parc de postes de travail sous Linux. Vous avez parlé de serveurs tout à l’heure, pareil les serveurs sont bien sûr sous Linux, mais là il y avait aussi les postes de travail. On a aussi un ERP, c’est un logiciel de gestion et de facturation ; au début, la volonté c’était de libérer des briques qui auraient été développées en interne pour en faire profiter d’autres acteurs énergétiques. Dans les faits ça ne s’est pas encore fait, mais l’idée c’est aussi de ne pas être tributaire d’un éditeur.

    Frédéric Couchet : D’accord. Avant de rentrer dans les détails des contributions des uns et des autres et les retours d’expérience, sur les raisons de ce choix-là, côté MAIF, c’était quoi ? C’étaient des raisons de coût ? D‘interopérabilité ? De maintenance ? Quelles étaient vos principales raisons qui ont fait que finalement la direction a accepté d’aller dans une direction, dans un objectif de logiciel libre ?

    Chris Woodrow : Il est important de rappeler ce qu’est une mutuelle d’assurance. Il faut bien se souvenir que nos valeurs fondamentales sont l’indépendance, la désintermédiation, la responsabilité. On a un mode de fonctionnement qui est quand même assez différent de celui d’une assurance classique et, de fait, il y a une certaine logique à créer du commun. C’est-à-dire que le logiciel libre, par rapport à l’ADN de la MAIF, c’est quelque chose d’assez naturel.
    Si on prend une orientation et un regard un peu plus orienté vers l’informatique, pour la DSI, pour reprendre un gros mot qui a été prononcé tout à l’heure, le fait effectivement de ne pas avoir de dépendance ou de limiter au maximum les dépendances qu’on puisse avoir avec un certain nombre d’éditeurs de logiciels paraît être quelque chose d’assez important. D’une part, sur les règles fondamentales que nous apportent les logiciels libres à savoir pouvoir lire le code, exécuter le programme, modifier son contenu et le redistribuer, la plupart des éditeurs traditionnels n’apportent pas ce genre de choses et, dans certains cas, on s’est retrouvés dans des situations où soit les éditeurs étaient rachetés et les solutions abandonnées, soit on n’avait pas la possibilité facilement de modifier le logiciel alors qu’on en avait le besoin.
    Donc le fait de se dire qu’une des façons de consommer de l’open source c’est aussi de contribuer à l’open source parce qu’on a conscience que l’open source se base sur le fait qu’il y a des contributeurs, ça a été quelque chose d’assez naturel et d’assez simple à vendre à notre direction informatique et notre direction en général. D’une manière générale on n’y serait jamais arrivé sans la direction, sans le conseil d’administration. On a été beaucoup soutenus et c’est quelque chose qui est assez important pour nous.

    Frédéric Couchet : D’accord. Je pense qu’on reviendra tout à l’heure sur ce point, sur le soutien de la direction dans les entreprises, même dans d’autres structures.
    Côté Enercoop, Enercoop a un statut de société coopérative d’intérêt collectif. Est-ce que le choix du logiciel libre, quelque part, c’est aussi de la cohérence avec ce statut de coopérative ?

    Julien Négros : Oui, c’est tout à fait ça, c’est comme ça qu’on peut le défendre et c’est comme ça que ça a été à la base le choix. Coopérative, donc coopération. Il y a aussi la notion de transparence, de bien commun, ce sont des valeurs dans lesquelles même mes camarades qui ne sont pas forcément très au fait des logiciels libres et de l’informatique en général se retrouvent dès qu’on en parle un petit peu, qu’on leur explique la démarche, ce qu’on essaie de faire.
    Au niveau plus de la direction stratégique d’Enercoop, dans notre première charte réseau il était question vraiment explicitement de l’open source – je n’ai pas l’extrait parce que ce n’est plus la même – et dans l’actuelle il n’y a plus la notion d’open source explicite, mais il est question de l’appropriation des enjeux énergétiques en mettant en bien commun les savoirs et savoir-faire intellectuels et industriels. Des choses qu’on retrouve tout à fait dans le logiciel libre.

    Frédéric Couchet : D’accord. La mention de logiciel libre a disparu, mais elle est intégrée dans cette phrase-là quelque part, c’est ce qu’on peut dire.

    Julien Négros : C’est ce qu’a défendu Julien Noé.

    Frédéric Couchet : D’accord. OK.
    Là on a compris que côté MAIF c’est à partir de 2018 et on va rentrer un petit peu dans le détail et Enercoop c'est un peu plus ancien, mais c’est un travail en cours.
    On va parler un petit peu de la mise en œuvre de cette stratégie, comment ça se passe. Déjà, côté serveurs, donc un petit peu comme Chris Woodrow l’a dit, si j’ai bien compris, globalement vous avez principalement vos serveurs sur un système d’exploitation libre de type GNU/Linux. C’est ça ?

    Julien Négros : Oui, tout à fait. Une Debian pour ne pas la citer.

    Frédéric Couchet : Une Debian, ça c’est un côté on va dire historique, depuis le départ d’Enercoop ou ça s’est fait… ?

    Julien Négros : Je crois bien que c’est depuis le départ oui. Il y a peut-être eu d’autres types de serveurs au début. Je sais que maintenant, dans notre parc, on n’en qu’un seul qui n’est pas Debian et qui nous sert quand même à pouvoir maintenir des postes sous GNU/Linux, parce que ça nous permet d’avoir des bureaux à distance pour certains logiciels qui n’existent pas sous GNU/Linux ou des besoins particuliers.

    Frédéric Couchet : D’accord. Ça c’est la partie, quelque part on va dire, souvent la partie la plus simple, la partie serveurs, parce que les systèmes libres fonctionnent très bien, contrairement aux postes de travail il n’y a pas une interaction directe avec la personne utilisatrice, la formation est peut-être moins compliquées ; il n’y a pas de formation souvent. Peut-être que sur la partie poste de travail on va aborder cette question formation.
    Avec Julien Négros, on parlait un petit peu de la place du logiciel libre côté serveurs, un peu historique côté Enercoop de Debian GNU/Linux présent un peu partout. Je crois que c’est un peu la même chose côté MAIF, une prédominance des systèmes libres sur la partie serveurs ?

    Chris Woodrow : Tout à fait. On est plutôt côté CentOS, mais effectivement on a aussi du Red Hat. Du coup, oui, il y a une prédominance des logiciels libres côté serveurs.

    Frédéric Couchet : Comme je disais c’est la partie, entre guillemets, peut-être « la plus simple » parce que les systèmes libres fonctionnent très bien sur la partie serveurs et il n’y a pas d’autres personnes utilisatrices directement, en tout cas il n’y a pas de formation. La partie plus compliquée c’est peut-être plutôt poste client et on va y revenir après avec Enercoop qui a une expérience là-dessus.
    Continuons avec la MAIF. Tout à l’heure, en introduction, vous avez dit qu’en 2018 et vous avez prononcé, je crois, le mot « d’éditeur de logiciels libres » si je me souviens bien.

    Chris Woodrow : Oui.

    Frédéric Couchet : C’est quelque chose qui est intéressant. Moi j’ai découvert la MAIF, au-delà de la mutuelle d’assurance évidemment, dans le monde du logiciel libre, je crois que c’était l’an dernier quand vous reçu un prix au salon POSS à Paris de la meilleure stratégie logiciel libre et notamment la mise en libre d’outils que vous aviez développés en interne. Est-ce que vous pouvez expliquer pourquoi vous avez fait ça et quels sont les outils que vous avez développés en interne en essayant de les rendre compréhensibles pour tout le monde parce je crois que c’est assez technique ?

    Chris Woodrow : Bien sûr. Vers 2016, la direction de la MAIF a décidé de diversifier un petit peu son offre vers d’autres types de services en complément des services assurantiels et cette diversification a donné lieu à une expérimentation côté système d’information. On s’est dit « testons de nouvelles façons de faire et une autre façon de créer des logiciels et, pour cette nouvelle façon de créer des logiciels, repartons un peu d’une page blanche pour créer de nouveaux services à partir de ces nouvelles méthodes ».
    De fait, à partir de ce moment-là, on a développé une solution qui permet notamment de gérer des API. Il est utile que j’explique ce qu’est une API ?

    Frédéric Couchet : Je pense, oui.

    Chris Woodrow : Une API c’est une façon qui permet à deux logiciels d’interagir et, à partir de ce moment-là, on peut, via un réseau informatique, permettre à deux ordinateurs qui sont distants d’interagir et de communiquer le plus simplement possible. Le problème c’est que si on peut fournir des services par API, c’est le cas d’un certain nombre d’API qui existent et qui permettent de récupérer des données, de souscrire à des services, etc., donc on a créé une solution d’API management qui sert à sécuriser ses API, à faire en sorte de créer de la traçabilité parce que c’est assez important dans notre métier de savoir que c’est telle personne qui a fait l’appel et qui a souscrit à l’API ; c’est pouvoir avoir de la gestion de flux, ce qu’on appelle du throttling, permettre de faire en sorte qu’on n’ait pas trop d’appels à un instant T pour éviter qu’il y ait soit des utilisations malveillantes soit des utilisations involontairement malveillantes, parce que ça arrive parfois qu’on fasse une erreur dans la configuration de son client. À partir de ce moment-là on a créé une solution qui permettait de faire de ça.
    La deuxième solution qu’on a créée c’est une solution qu’on appelle de feature flipping. Le feature flipping c’est quoi ? C’est ce qui permet à un service ou aide en ligne d’activer à chaud une fonctionnalité.
    Donc ça ce sont les deux premières briques qu’on a libérées et puis, courant de l’année 2018 et 2019, on a rajouté une solution de mise en œuvre de la GDPR. Cette solution c’est la solution qu’on a mise en œuvre chez MAIF pour adresser la problématique de la GDPR, à savoir principalement gestion des consentements, demande d’accès aux données personnelles et demande de suppression des données personnelles. Cette problématique on l’avait à l’échelle du groupe MAIF, je pense que vous imaginez qu’on a énormément de bases de données, d’applicatifs divers et variés qui contiennent des données personnelles et, suite à ça, on a rouvert d’autres briques et la toute dernière qu’on a ouverte c’est la solution de classification des mails entrants [Melusine, NdT]. À savoir, quand vous envoyez un mail à la MAIF, on peut avoir une quarantaine de personnes finales à qui adresser ce mail. On est parti du principe qu’il y a un certain nombre d’adresses qui existent. Ça paraît idiot comme ça de dire qu’on peut demander aux sociétaires d’écrire à la bonne adresse, néanmoins, quand vous avez un problème de fuite d’eau par exemple, en général vous prenez la première adresse sur laquelle vous tombez quand vous cherchez sur le Web. De fait, on recevait énormément de mails qui n’étaient pas forcément aux bonnes adresse, donc il y avait une nécessité de classer ces mails et de les envoyer aux bonnes personnes, etc.
    Donc a créé une solution qui s’appuie sur du machine learning, qui analyse le contenu du mail, qui essaye de comprendre le contenu du mail et, en fonction de ça, envoie le mail au bon destinataire. Bien évidemment vos mails sont toujours traités par un humain. C’est juste pour en faire en sorte que le mail arrive le plus vite possible à la personne qui va traiter le mail.
    On a jugé que c’était intéressant de libérer cette solution parce que, d’une part, en français il n’existait pas de solution efficace pour faire ça et d’autre part, ce que je trouve assez intéressant, c’est qu’on offre beaucoup de visibilité sur la façon dont on traite les données des utilisateurs.

    Frédéric Couchet : Ça offre de la transparence par rapport à vos sociétaires par exemple ?

    Chris Woodrow : Oui. Là quand vous envoyez un mail à la MAIF vous pouvez savoir la solution qui est utilisée pour le lire et pour le traiter.

    Frédéric Couchet : D’accord. Avant de revenir à votre expérience côté MAIF je vais préciser que quand vous parliez de GDPR en français c’est le RGPD, le Réglement général de la protection des données.
    Julien Négros, côté Enercoop, est-ce que vous aussi vous avez une politique de libération d’outils que vous développez en interne ? Peut-être que vous ne développez pas spécifiquement d’outils en interne, je ne sais pas. Est-ce que vous avez une politique équivalente ?

    Julien Négros : Non. Il faut savoir, peut-être juste pour contextualiser, que là où je travaille, l’administration système, on est un peu séparés du reste du pôle numérique qui s’occupe notamment du développement et de la gestion des données et on n’a pas forcément les mêmes vues sur ce genre de choses. Historiquement, je crois qu’il y avait la volonté de le faire mais ça n’a pas été fait. Donc la contribution d’Enercoop au logiciel libre se fait de manière plus pécuniaire, je pourrais développer plus tard peut-être ?

    Frédéric Couchet : On va développer plus tard. Je vais juste revenir sur la MAIF parce que j’ai une petite question et après on passera un peu au poste de travail aussi pour comparer : est-ce qu’en libérant ces outils que vous développez en interne vous avez d’autres objectifs ? Vous espérez peut-être des contributions externes, par exemple de la recherche de bugs, vous espérez peut-être que ça soit réutilisé par d’autres structures ? Ou vous n’avez pas du tout cette recherche d’objectifs ?

    Chris Woodrow : Oui. Si on libère du code c’est pour qu’il soit le plus possible réutilisé. Si vous regardez un peu notre dépôt GitHub, on a pas mal de réutilisation de nos solutions. On a eu, notamment sur la solution de feature flipping dont je parlais tout à l’heure, une cinquantaine de contributions de personnes extérieures, ce qui est assez sympathique. Ce n’est pas le premier logiciel libre auquel je participe. Avant d’être à la MAIF j’ai déjà travaillé sur des logiciels libres en tant que contributeur et généralement c’est un monde qui se voit assez peu physiquement, on communique beaucoup à distance. Ça m’arrive régulièrement quand j’interviens dans une conférence, juste après le talk, d’avoir quelqu’un qui vient en me disant « je suis machin », généralement il y a un pseudo et c’est fort sympathique. Par exemple, une des réutilisations qui me paraît assez intéressante c’est Jyllands-Posten qui est un des plus gros quotidiens danois, qui est le journal qui avait publié les caricatures il y a quelques années, qui utilise les briques d’activation à chaud MAIF. Voilà. C’est le genre de contribution qu’on découvre au fil du temps avec quelqu’un qu’on croise et tout ça parce que bien évidemment, dans la mesure où ne va mettre de trackers sur des solutions qu’on libère, c’est difficile de savoir qui nous utilise vraiment. Après, je sais qu’il y a un certain nombre de sociétés françaises et étrangères qui nous utilisent, qui sont contentes et qui participent assez fréquemment, qui contribuent à nos solutions.

    Frédéric Couchet : D’accord. Là on a parlé d’outils. Les personnes qui nous écoutent ont bien compris que c’était vos outils techniques permettant de rendre des services. Un point intéressant qu’on va aborder maintenant avant de revenir plus globalement sur le sujet de la contribution, c’est celui du poste de travail, parce que là, dans l’exemple d’Enercoop qui n’a évidemment pas du tout la même échelle en termes de personnes qui travaillent dans les deux structures, mais une spécificité d’Enercoop c’est que vous avez une bonne partie, je ne sais pas quel pourcentage mais Julien Négros va nous le dire, de postes de travail qui sont équipés en distributions GNU/Linux et en logiciels libres. Julien, est-ce que tu peux nous faire un petit point là-dessus ? Comment ça s’est fait et un retour d’expérience des personnes qui utilisent, en fait ?

    Julien Négros : À partir du moment où il y a eu une vraie direction des systèmes informatisés la migration sous GNU/Linux s’est faite. Il faut savoir que les coopératives sont normalement indépendantes, à peu près, et, du coup, ce n’est pas la même politique chez toutes les coopératives, mais nous au national, comme on dit à Paris, on est 130 personnes à peu près et c’est quasiment 100 % des postes de travail qui sont sous GNU/Linux, il y a quelques exceptions pour diverses raisons. C’est une distribution qui est dérivée de Debian, qui est préparée par notre prestataire Easter-eggs que l’April connaît bien, avec qui on travaille très étroitement, que je salue d’ailleurs. C’est une Debian modifiée, on l’appelle distribution Enercoop. Une distribution ce sont des choix logiciels, des configurations particulières – c’est plus que ça, mais en gros c’est ça – donc cette distribution est installée sur toutes les machines à Paris et sur, je dirais, une bonne moitié des régions, 50 % à peu près des postes en région. C’est plus difficile de gérer ça à distance, mais on arrive à peu près à le faire grâce aussi à des outils développés par Easter-eggs qui sont libres d’ailleurs, bien sûr !
    Des retours utilisateurs, c’est vrai que c’est très intéressant parce que c’est une rareté. Je ne connais pas vraiment d’exemples à notre échelle comme ça. Je parle de distribution, mais finalement je pense que le plus important c’est l’environnement de bureau, là, en l’occurrence, on utilise GNOME Shell. L’environnement de bureau ce sera la manière dont seront présentées les fenêtres, la manière dont on bascule d’un programme à l’autre, comment on le lance et tout ça. Auparavant, quand je suis arrivé, on utilisait Xfce. Ce sont deux approches assez différentes et, du coup, on a dû accompagner au changement ; c’est moi qui m’en suis occupé et j’en est été ravi, c’est exactement ça que je voulais faire depuis longtemps. C’était très intéressant, on a fait ça individuellement parce qu’il fallait mettre à jour les postes de travail et on a aussi fait des formations où on pouvait présenter un petit peu ce qu’est une distribution GNU/Linux, les principes du Libre, donc à des personnes qui sont réceptives mais qui ne sont pas forcément initiées.
    Le retour : moi je pense que beaucoup de gens se l’approprient, des fois même plus que ce que j’aurais cru. Il y a quelques difficultés, des personnes qui ont du mal à avoir quelque chose de différent. On essaie d’adapter dans ce cas-là, par exemple mettre une barre des tâches alors que dans GNOME Shell il n’y en a pas normalement. On essaye de voir ce qui fonctionne moins. Après, on a essayé d’avoir des ordinateurs assez performants, on a aussi mis à jour le matériel récemment. Je pense que globalement il fonctionne quand même très bien.
    Après, c’est plus le choix des logiciels en eux-mêmes qui peut être un petit peu déroutant pour quelqu’un qui arrive d’un système plus classique et de logiciels plus usités, notamment en bureautique. Là on essaye de faire le maximum, ce n’est pas toujours évident, et il y en encore beaucoup de progrès à faire au niveau de la formation. Mais comme tout le monde est un peu dans le même bateau, en tout cas à Paris, ça se passe plutôt bien, les retours sont assez positifs. Là je me baserai pour ça sur une enquête interne qu’on a faite pour mettre en place une solution de bureautique collaborative comme on peut avoir avec un des acteurs principaux.

    Frédéric Couchet : Avec un acteur dominant.

    Julien Négros : Voilà, je ne sais pas si on peut le citer. Pour se donner une idée comme un Google Docs ou un Office 365. Donc l’idée c’était justement : est-ce que vous voulez qu’on passe sur une solution un peu classique, comme c’est dans le navigateur on n’est pas obligé de changer fondamentalement nos PC et nos OS, nos systèmes d’exploitation. On avait des questions : est-ce que vous êtes un peu à l’aise ? Est-ce que vous êtes un petit peu sensible aux valeurs du logiciel libre et tout ça ? Moi j’ai été agréablement surpris des retours qui étaient assez positifs, on a eu du très négatif mais très peu et du mitigé et on a beaucoup de positif. Je dirais que globalement ce n’est pas évident, mais c’est positif.

    Frédéric Couchet : D’accord. Sur cette note positive on va faire une petite pause musicale et on revient juste après, Nous allons écouter Just Imagine par Hungry Lucy. Belle journée à l’écoute de Cause Commune.

    Pause musicale : Just Imagine par Hungry Lucy.

    Voix off : Cause Commune 93.1.

    Frédéric Couchet : J’espère que vous avez apprécié cette magnifique chanson de Just Imagine par Hungry Lucy qui a en plus le bonheur d’être disponible sous licence libre CC BY SA, c’est-à-dire Creative Commons Partage dans les mêmes conditions.
    Vous écoutez toujours Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm,

    Nous parlons de la stratégie logiciel libre de la MAIF avec Chris Woodrow conseiller en technologie et responsable de la stratégie open source du groupe MAIF et Julien Négros administrateur système à Enercoop.
    Juste avant la pause musicale on parlait du poste de travail et je voudrais revenir sur un sujet qui est l’impact du choix du logiciel libre sur les équipes. Tout à l’heure, en introduction, Julien expliquait qu’il a souhaité rejoindre Enercoop parce qu’il savait qu’Enercoop faisait du logiciel libre, mais je voudrais poser la question à Chris Woodrow, MAIF : comment a été vécu par les équipes internes, donc les personnes notamment du service informatique, le fait, tout d’un coup, de se dire qu'on va rendre public le code qu’on est en train d’écrire, qu'on va le mettre en logiciel libre ? Est-ce que ça a été bien perçu ? Est-ce que c’est une source de motivation ? Et, seconde question qui est liée, est-ce que ça a un impact par exemple sur le recrutement parce que je suppose que la MAIF a un recrutement au niveau service informatique ? Voilà, quel impact ça a sur les équipes internes ? Chris Woodrow de la MAIF.

    Chris Woodrow : C’est une très bonne question. Effectivement, il y a un impact très vertueux quelque part. Ma conviction, en tant que développeur de logiciels, senior maintenant, c’est difficile à dire mais c’est comme ça, c’est que les gens ne sont pas leur code et qu’il y a un certain détachement à avoir entre la personne et le travail et plus on montre son code à un nombre important de personnes, plus, quelque part, on améliore ce code. À chaque fois qu’il y a un regard de plus qui se pose sur quelque chose qu’on construit quelque part on l’améliore, ne serait-ce qu’en ayant des questions naïves certaines fois. Avec une équipe avec laquelle je travaillais il y a quelques années, on faisait du croisement, c’est-à-dire que les développeurs back-end, c’est-à-dire tout ce qui est côté serveur, allaient régulièrement poser des questions et auditer le travail des développeurs mobiles et pareil dans l’autre sens, tout ça pour apporter un œil neuf, un regard neuf.
    Ça c’est quelque chose de très vertueux. À partir du moment où on a dit aux gens « tout ce que vous allez développer maintenant on va le penser logiciel libre », ça a énormément motivé les gens : le souci de bien faire, l’envie de bien faire et puis être vraiment partie prenante d’une stratégie d’ouverture de la société. Et, en termes de recrutement, effectivement, ça un impact plutôt positif sur la marque employeur, savoir que les gens comprennent ce qu’on fait, voient dans quelles conditions on travaille, etc., et l’opportunité, pour un développeur, de contribuer ou de libérer des logiciels, c’est quelque chose d’assez important.
    L’autre point vertueux qui n’est pas neutre c’est qu’à partir de maintenant on a globalement une politique, on se dit que ça va arriver assez régulièrement et, à partir du moment où on ne construit pas des briques spécifiques en open source mais qu’on se dit « tiens, ça a du sens de libérer telle brique de par un caractère universel », eh bien ça permet aussi aux gens dès le départ, dès la conception, d’avoir une approche très édition logicielle et donc d’essayer d’adresser un problème assez global. Donc, de fait, il y a un impact direct sur la qualité logicielle.

    Frédéric Couchet : D’accord. Julien Négros, même question. Toi tu as expliqué que tu es venu à Enercoop parce que tu savais qu’il faisait du Libre, je suppose après avoir vu l’interview de David Affagard sur le Framablog, en 2014 si je me souviens bien, en tout cas je crois que c’est la première référence, la première fois qu’Enercoop prenait position sur le sujet. Quel est l’impact en interne ? Est-ce que les gens sont contents de faire ça ? Est-ce qu’ils ont l’impression d’avoir plus de sens parce qu’ils utilisent du Libre et parce qu’ils peuvent contribuer à du Libre ? Ou finalement ça serait un autre type d’informatique, peu importe ?

    Julien Négros : Au niveau de tous les utilisateurs, pas forcément ceux de notre pôle numérique ?

    Frédéric Couchet : Oui.

    Julien Négros : Je pense que ça dépend des personnes, ça dépend des services. Il y a en qui sont beaucoup moins sensibles, voire presque hostiles… non, j’exagère !

    Frédéric Couchet : On coupera ça dans le podcast.

    Julien Négros : Non… Disons que ce n’est clairement pas du tout leur envie. Mais d’autres, plus, voient très bien l’intérêt au niveau des valeurs et de l’adéquation avec les valeurs de la coopérative, qui aiment bien l’idée d’avoir, justement, un petit peu une alternative à d’autres solutions et qui sont très réceptives à ça. Moi je travaille avec trois autres personnes, nous c’est notre moteur, si on ne travaillait plus avec du logiciel libre on serait très malheureux.

    Frédéric Couchet : D’accord. Là c’est l’équipe interne. Je vais poser la question concernant les « équipes externes » entre guillemets, les prestataires, tout à l’heure, Julien, tu as parlé notamment d’Easter-eggs. Donc c’est une volonté de faire appel à des prestataires externes spécialisés en logiciel libre ?

    Julien Négros : Pas partout, mais dans ce qu’on choisit au niveau de l’administration système, les services qui sont utilisés par nos utilisateurs et utilisatrices, on donne la priorité au logiciel libre. On est en train de choisir une nouvelle solution de visioconférence, on est en train d’essayer de mettre ça en place avec du logiciel libre. On travaille pour la suite collaborative avec Arawa et donc Easter-eggs. Pour la messagerie il y a SOGo, c’est la messagerie en général donc un groupware, je ne sais pas ce qu’est la traduction française, la gestion d’agenda et de messagerie.

    Frédéric Couchet : Contacts, messagerie, etc. Donc dans ce cadre-là il y a une demande au prestataire de reverser ce qu’il contribue ? Potentiellement si, par exemple, il corrige un bug ou il y rajoute une fonctionnalité de les remonter dans la version originale du logiciel ?

    Julien Négros : Dans ce cadre-là, oui. Je sais qu’Easter-eggs le fait et on a eu notamment des demandes précises parce qu’on utilise un gestionnaire d’annuaire qui est redistribué sous licence libre, qui est donc utilisable par n’importe qui, qui est développé par Easter-eggs à qui on a demandé des développements spécifiques qui ont donc profité au logiciel et qu’on a payés. Pour Collabora aussi, je sais qu’Arawa contribue à Collabora et on les paye. Easter-eggs fournit énormément de services informatiques et contribue énormément au logiciel libre d’une manière générale.

    Frédéric Couchet : Côté MAIF, est-ce que vous faites tout en interne ou est-ce que vous faites appel à des prestataires externes ? Donc même question quelle est la relation par rapport aux prestataires externes, si vous en avez, notamment l’aspect contribution ?

    Chris Woodrow : D’une manière générale, là je parle essentiellement du monde du développement, l’aspect contribution quand on modifie un logiciel libre et le reversement c’est plus, comment dire, qu’une problématique morale ; c’est même une problématique opérationnelle. Si vous récupérez un logiciel en version 1, que, pour x raisons, vous avez besoin de modifier ce logiciel et que vous y apportez des améliorations, si vous ne reversez pas vos contributions, le jour où la version 2 sort, eh bien vous allez être obligé de refaire ce que vous avez fait la fois d’avant. Alors que si vous avez fait un certain nombre de modifications, vous les avez redistribuées au logiciel source, eh bien ça vous permet de bénéficier directement de vos modifications dans les versions ultérieures du logiciel. C’est vraiment un gain économique et opérationnel important.
    Il n’y a pas vraiment de différences entre nos prestataires et nos développeurs internes parce qu’on a aussi une politique d’embauche de développeurs en interne pour pouvoir maîtriser notre système d’information, enfin l’idée de diluer la maitrise de notre système d’information et donc, d’une manière générale, la redistribution est totalement encouragée chez les développeurs quand il y a matière à, sachant que nos outils de développement ce sont essentiellement des outils libres, on travaille notamment beaucoup sur Java et Java c’est un langage informatique open source.

    Frédéric Couchet : D’accord. Tout à l’heure Julien, dans son retour d’expérience, parlait des postes de travail, je ne peux pas m’empêcher de poser la question concernant la MAIF : est-ce qu’il est prévu, à un moment ou à un autre, déjà d’étudier la migration des postes de travail du personnel de la MAIF sur un environnement libre ou est-ce que n’est pas du tout prévu pour le moment ?

    Chris Woodrow : Ce n’est pas quelque chose qu’on se ferme, néanmoins, comme vous le disiez tout à l’heure, nous on a un historique qui n’est quand même pas neutre avec un certain nombre de logiciels qui sont basés plutôt sur un environnement Windows et, de fait, c’est plus compliqué. Effectivement, pour l’instant ce n’est pas quelque chose qu’on envisage à court terme en tous les cas. Par contre, tous les gens qui sont directement impliqués dans la technique ont le choix d’avoir un poste Linux et d’utiliser les outils qu’ils veulent. Sachant que les suites logicielles, même propriétaires pour la plupart maintenant, sont compatibles avec Linux ce qui permet d’avoir une adoption progressive et ce qui permet d’avoir un libre choix par rapport à un certain nombre de nos collaborateurs.

    Frédéric Couchet : D’accord. Le temps passe vite, on arrive bientôt à la fin de l’échange. J’ai une question que je ne voudrais pas oublier, on va commencer par Julien Négros d’Enercoop : quels conseils vous pourriez donner à des structures qui voudraient faire de même, c’est-à-dire qui se posent déjà des questions et qui se diraient « je voudrais aller vers le logiciel libre » ? Est-ce qu’il y a des points de vigilance, est-ce qu’il y a des conseils, des incontournables que vous pourriez leur donner ? Julien Négros d’Enercoop.

    Julien Négros : Vaste sujet ! En plus, notre expérience, du coup, est très liée aux utilisateurs et utilisatrices et, dans ce cas-là, il faut accompagner, beaucoup, il faut aussi expliquer la démarche, je pense. Là je ne voudrais pas dénigrer, mais je trouve que mes collègues ont beaucoup de mérite parce qu’ils sont très réceptifs en majorité et ils sont tout à fait prêts à essayer de comprendre, à essayer d’évoluer, à essayer d’apprendre et ce n’est pas forcément évident. Ça dépend peut-être aussi du public. Est-ce qu’il y a un terreau qui est plus favorable ? Moi je pense qu’à Enercoop c’est effectivement le cas et je le constate. Je pense que c’est possible dans beaucoup de structures à partir du moment où il y a une prise en compte des salariés. Ça vaut pour le monde du travail en généra, essayer d’être un peu attentif et faire bien attention, faire plus attention aux retours qu’on peut avoir.

    Frédéric Couchet : C’est-à-dire tenir compte des retours des personnes utilisatrices ?

    Julien Négros : Tout à fait. Oui.

    Frédéric Couchet : D’accord. Et de votre côté à la MAIF, Chris ?

    Chris Woodrow : Je suis totalement en phase avec ce qui vient d’être dit. Je pense que c’est effectivement vraiment important d’accompagner les utilisateurs et de vraiment prendre en compte l’UX du poste de travail et de l’informatique en général, l’expérience utilisateur.

    Frédéric Couchet : Merci.

    Chris Woodrow : C’est un anglicisme mais je ne connais pas l’équivalent !
    Après, sur l’utilisation de logiciels libres au sens serveurs, je pense que c’est extrêmement important de démystifier un côté, une espèce de crainte de « on n’a pas de support ; s’il y a des bugs qu’est-ce qu’on va faire ? La sécurité, etc. » Je pense que là il y a vraiment un mythe autour de ça, qui est souvent relativement faux, à savoir que pour la plupart des logiciels phares open source les correctifs arrivent très vite et il y a une communauté qui est très active, donc ça fonctionne plutôt bien. Je pense vraiment qu’il faut se lancer et voilà ! Ce qui ne veut pas dire qu’il faut se lancer, comment dire, directement sans acquérir plus que ça de l’expérience. Je pense qu’il faut internaliser les compétences sur les différents sujets et avoir des gens qui sont compétents sur ces points-là.
    Et sur l’édition de logiciels open source et la contribution, là aussi je pense qu’il faut se lancer. Il ne faut pas avoir peur de ce que les gens vont en dire. Dans le pire des cas le problème passera inaperçu et je pense que c’est important que toutes les entreprises, notamment les grosses entreprises qui utilisent du logiciel libre, soient contributeurs et soient acteurs forts du logiciel libre.

    Frédéric Couchet : Écoutez c’est super. Ma dernière question pour tous les deux, on va commencer par Chris, est-ce que vous avez des annonces à faire, des évènements à venir MAIF ?

    Chris Woodrow : Oui. Guillaume Rincé, le CTO de la MAIF fera une keynote au Paris Open Source Summit le 11 décembre prochain, donc si vous voulez assister à cette présentation, c'est avec plaisir qu’on vous accueillera.

    Frédéric Couchet : On y sera. Le CTO c’est le directeur technique, en gros. Et côté Enercoop, est-ce qu’il y a une annonce à faire ? Julien Négros.

    Julien Négros : Jeudi prochain on a notre prochain « Ca deb’watt ! », petit jeu de mots, un petit débat du coup sur good coop, bad coop, donc des réflexions, un débat sur le statut de coopérative, ce que ça implique et est-ce que c’est toujours forcément positif d’être une coopérative.

    Frédéric Couchet : C’est dans les locaux d’Enercoop à Paris ou c’est ailleurs ?

    Julien Négros : C’est ailleurs, je vais juste regarder où c’est exactement.

    Frédéric Couchet : On mettra les références sur le site de l’émission. C’est donc le jeudi 5 décembre 2019, c’est bien ça ?

    Julien Négros : C’est ça, c’est aux Grands Voisins à côté de Denfert-Rochereau.

    Frédéric Couchet : Aux Grands Voisins. D’accord. Chris vous serez vous-même au Paris Open Source Summit ?

    Chris Woodrow : Non, malheureusement je peux pas m’y rendre cette année, mais il y aura un certain nombre de mes collègues, deux de mes collègues qui ont des slots pendant le Paris Open source Summit pour parler machine learning et stratégie open source. Malheureusement pas moi cette année mais vous pourrez voir mes collègues.

    Frédéric Couchet : D’accord. Ce sera avec plaisir.
    Nous étions avec Julien Négros administrateur d’Enercoop et Chris Woodrow conseiller en technologie et responsable de la stratégie open source du goupe MAIF. Je vous souhaite de passer une agréable fin de journée et à bientôt.

    Julien Négros : Merci.

    Chris Woodrow : Merci beaucoup. Au revoir.

    [Virgule musicale]

    Frédéric Couchet : On va faire une pause musicale. On va écouter The Manx Lullaby par Sláinte. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune.

    Pause musicale : The Manx Lullaby par Sláinte.

    Voix off : Cause Commun 93.1.

    Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter The Manx Lullaby par Sláinte disponible sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions.
    Vous écoutez toujours Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm.
    Nous allons aborder notre sujet suivant.

    [Virgule musicale]

    Chronique « Parole libre » de Xavier Berne, journaliste à Next INpact sur le projet de loi relatif à la lutte contre le gaspillage et économie circulaire, et plus particulièrement sur la partie consacrée à l'obsolescence programmée

    Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre avec la chronique de Xavier Berne journaliste à Next INpact. Dans sa chronique, Xavier Berne nous parle de l’actualité politique et juridique du numérique et le sujet du jour va être la lutte contre l’obsolescence programmée dans le cadre du projet de loi pour l’économie circulaire.
    Xavier, tu es avec nous au téléphone ?

    Xavier Berne : Je suis bien là. Bonjour.

    Frédéric Couchet : Bonjour. Le projet de loi dit anti-gaspillage arrive cette semaine à l’Assemblée nationale. Est-ce que tu peux nous dire ce que prévoit ce texte, notamment afin de lutter contre ce qu’on appelle l’obsolescence programmée ?

    Xavier Berne : Oui, bien sûr.
    Déjà je voudrais quand même préciser que ce texte a déjà été examiné et même voté par les sénateurs au mois de septembre, le Sénat qui en a d’ailleurs profité pour introduire de nombreuses mesures en lien notamment justement avec l’obsolescence programmée.
    Vous avez peut-être déjà entendu parler des mesures prévues pas ce texte sur la consigne pour les bouteilles en plastique ou même sur l’interdiction de destruction des produits neufs mais invendus, mais ce projet de loi dit anti-gaspillage qui porte aussi sur l’économie circulaire est, en fait, très vaste.
    Sur le sujet de l’obsolescence programmée, ce texte, à la base porté par le gouvernement, contient une mesure phare, c’est l’introduction, à partir de 2021, d’un indice dit de réparabilité des produits électroniques. L’idée c’est un petit peu comme la fameuse étiquette énergie : quand vous achetez un frigo ou une machine à laver on vous donne grosso modo une idée de la consommation d’électricité avec des lettres A, B, C, etc. Là, l’idée c’est de faire un petit peu pareil pour donner une note, pour informer le consommateur quant aux possibilités qu’il aura par la suite de réparer le produit qu’il s’apprête à acheter.
    Pour calculer cet indice, le gouvernement pense s’inspirer, en fait, de la durée de disponibilité des pièces détachées, savoir si la batterie pourra être achetée ensuite pendant dix ans, etc., mais aussi sur le prix des pièces détachées, parce que parfois les pièces détachées coûtent très cher et que c’est un peu inutile, compliqué pour le consommateur de se dire qu’il va falloir payer une pièce détachée quasiment aussi cher que le produit neuf. Ça c’est vraiment la mesure clef qui a été proposée par le gouvernement qui espère ainsi que les consommateurs se tourneront vers des produits plus durables, quitte à devoir payer un peu plus à l’achat.
    Le hic qui a été soulevé notamment par les associations de consommateurs : ce n’est pas parce qu’un bien est réparable qu’il est forcément durable. Les sénateurs ont d’ailleurs bien suivi ce raisonnement puisqu’ils ont voté un amendement qui prévoit qu’en plus de l’indice de réparabilité il y ait un indice dit de durabilité.

    J’ai aussi relevé d’autres amendements intéressants votés au Sénat. Il y en a un, par exemple, qui prévoit que les collégiens devront être initiés aux techniques de réparation de mécanique et d’entretien des produits.
    Autre mesure qui parlera probablement aux utilisateurs de produits Apple, je ne veux pas faire de publicité, il y a un amendement qui oblige les fabricants de smartphones à proposer des mises à jour de leur système d’exploitation pendant dix ans.
    Voilà. Je pourrais en citer d’autres, mais ça permet déjà de donner une idée de ce qui se trame actuellement au Parlement.

    Frédéric Couchet : D’accord. Donc c’est plutôt une bonne nouvelle ce qui a été voté au Sénat même si, sans doute, on peut aller plus loin. Est-ce que tout ça va être conservé par les députés ou est-ce que ça va être, comme on dit souvent, détricoté ? Est-ce qu’on a des pistes ?

    Xavier Berne : Désolé pour ceux qui n’aiment pas les spoilers, mais la réponse est clairement que ça risque d’être détricoté par les députés. Je pense qu’il y a beaucoup de mesures qui vont passer à la trappe, tout simplement parce que le gouvernement a clairement dit au Sénat qu’il y était opposé. Par exemple sur le fameux indice de durabilité et non plus de réparabilité, le gouvernement a expliqué qu’en fait il était difficile d’établir des critères permettant justement d’établir si un produit est oui ou non durable : est-ce qu’on parle du taux de retour auprès du service après-vente, des délais moyens entre deux pannes ? Ce sont des informations qui ne sont pas toujours faciles à obtenir pour les pouvoirs publics et, ensuite, il y aura un problème de mise en œuvre du fameux indice de durabilité contrairement à celui réparabilité qui, visiblement, serait plus abouti, sachant qu’il y a déjà eu des travaux menés ces derniers mois sur ce sujet-là.
    Après, ceci dit, on ne sait pas du tout ce qui peut se passer à l’Assemblée. Peut-être que les députés suivront les sénateurs. Il n’est pas rare que quand il y a une mesure qui est votée au Sénat ça permette, tout le moins, de déboucher sur un compromis, quitte à ce que la réforme prévue soit un petit peu allégée. Et je pense qu’il ne faut surtout pas oublier que les députés vont vouloir laisser leur marque sur ce texte clef.
    J’avoue que je n’ai pas encore eu le temps de faire le tour des 1700 amendements qui ont été déposés rien que pour les débats de cette semaine à l’Assemblée en commission. Il y a quand même des choses qui émergent. Par exemple la députée Paula Forteza a fait adopter hier un amendement pour que les informations sur la réparabilité des produits, ou même sur leurs caractéristiques environnementales, soient mises en ligne en open data, c’est-à-dire dans un format de publication ouvert, ce qui permettrait de les intégrer ensuite par exemple dans des applications de type Yuka, vous savez cette application pour smartphone qui vous permet de scanner un code-barre quand vous faites vos courses au supermarché et qui vous indique si le produit est bon ou, au contraire, peu recommandé pour votre santé.
    Il y a beaucoup d’amendements dont certains n’ont clairement guère de chance d’aboutir.
    Je pense par exemple à cet amendement du groupe La France insoumise qui demande carrément à ce que les publicités pour téléphones portables soient purement et simplement interdites.
    J’ai vu un amendement pour qu’un certain pourcentage des dépenses en publicité vienne alimenter un fonds dédié à la promotion de la consommation durable.
    Peut-être plus intéressant, j’ai vu un amendement pour que les batteries puissent obligatoirement être changées directement par l’utilisateur, notamment sur les téléphones portables ou sur les ordinateurs.

    Frédéric Couchet : Ce qui aujourd’hui n’est quasiment plus possible : la dernière fois que j’ai essayé en fait j’ai niqué un téléphone !
    Je précise juste que quand tu parles de Yuka, j’encourage les personnes à utiliser évidemment Open Food Facts, on en a parlé dans l’émission Libre à vous ! il y a quelque temps.
    Comme on a un petit peu d’avance, si tu me le permets Xavier, je vais donner la parole à mon collègue Étienne Gonnu en charge des affaires publiques, car il a lui aussi tenté d’étudier un certain nombre d’amendements et a publié une actu sur le site de l’April. Il a peut-être envie de compléter sur les amendements intéressants à l’Assemblée nationale. Étienne c’est à toi.

    Étienne Gonnu : Oui. Tout à fait. On a agi. Déjà on avait fait une émission pour parler d’obsolescence logicielle. On a proposé plusieurs amendements pour lutter contre cette problématique.
    Xavier tu citais parmi les ajouts, les apports des sénateurs et sénatrices à ce projet de loi, effectivement cette idée qu’on peut presque qualifier de rétrocompatibilité, c’est-à-dire que les fabricants de terminaux mobiles, tablettes ou téléphones, doivent mettre à disposition et assurer la compatibilité des mises à jour pendant dix ans sur toute leur gamme de produits. On avait trouvé l’approche intéressante. On avait une crainte pour certains projets comme le FairPhone, comme Librem, qui sont des projets vertueux on va dire, basés notamment sur du logiciel libre et du matériel libre.
    On avait proposé une contribution. On en avait eu beaucoup d’autres à partir de cette disposition : considérer que si le code source était accessible, en gros si c’est sur du logiciel libre, que le logiciel est librement modifiable et partageable, dans ce cas-là finalement l’objectif était intrinsèquement atteint puisque ça apportait des garanties structurelles de durabilité, même si elles ne suffisent pas en elles-mêmes elles apportent au moins cette brique fondamentale. Donc c’était une manière d’enrichir le texte. Ce qu’on a pu voir sur cette disposition c’est qu’il y a eu de nombreux amendements, qu’ils ont tous été déclarés irrecevables, on va dire, donc, à la discrétion de la commission, au seul profit d’un amendement de la rapporteure pour les Affaires économiques en l’occurrence, finalement une manière un petit peu de taire et d’arrêter un débat en cours, d’arrêter un processus de construction. On a pu le regretter, on en parle dans l’actu. On voit la difficulté d’un texte ambitieux dans la lettre et malheureusement, dans les débats, on va voir où ça peut nous mener. On attend en tout cas de voir.

    Frédéric Couchet : Xavier, tu veux compléter ?

    Xavier Berne : Non, ça me semble bien. Dans ce sujet-là, je ne l’ai pas mentionné, mais vu qu’on a un petit peu de temps, il y a aussi une mesure qui vise à instaurer une sorte de droit à la réparation. Plus exactement les sénateurs ont souhaité que soit interdite toute technique, éventuellement logicielle, qui vise à rendre impossible justement la réparation d’un appareil, en dehors des circuits agréés, il est dit aussi que les propriétaires de certains smartphones… Nous verrons à quoi il est fait allusion au travers de cet amendement.

    Étienne Gonnu : Oui. D’ailleurs on a proposé un amendement qui a été repris par le député Vincent Thiébaut et qui s’appuie sur cette avancée-là : c’est une vieille problématique dont, je pense, de nombreux libristes ont conscience, c’est l’existence de ce qu’on appelle des restrictions d’installation logicielle, une manière générique de décrire une pluralité de mesures techniques, en particulier on peut penser au phénomène de secure boot, donc cette couche logicielle dans la carte mère des ordinateurs qui permet d’installer uniquement le système d’exploitation de Microsoft, le système d’exploitation Windows, qui est une atteinte évidente aux libertés informatiques et un frein tout aussi évident au reconditionnement, à la réutilisation et à la durabilité des équipements. Nous on s’est appuyés là-dessus. C’est une des manières avec laquelle on peut essayer de contribuer au débat.

    Frédéric Couchet : Je précise qu’il y a une actualité sur le site de l’April, april.org, avec les amendements qui nous paraissent intéressants de ce point de vue-là, bien sûr.
    Je ne doute pas que Next INpact publiera une actu détaillant l’ensemble des amendements. Peut-être une question pour les personnes qui nous écoutent : quand est-ce qu’a lieu l’examen du texte à l’Assemblée nationale, Étienne ?

    Étienne Gonnu : Il a commencé en Commission développement durable. La plupart des amendements qui nous intéressent sont après l’article 4 ; il y a plusieurs articles 4 dans différentes versions : 4 bis, 4 ter, 4 quater, c, d, enfin voilà ! Toute une gamme de nouveaux amendements, de dispositions qui viennent notamment du Sénat. On peut imaginer que ces dispositions seront discutées mercredi ou jeudi. Normalement l’agenda est en ligne, vous pouvez le retrouver justement dans notre actualité et de mémoire les discussions en séance publique, Xavier pourra peut-être confirmer ou infirmer, c’est entre le 9 et le 16 décembre ; je crois que ça avait été discuté en ce sens.

    Xavier Berne : C’est ça.

    Frédéric Couchet : D’accord. Occasion de rappeler que les débats à l’Assemblée nationale, que ce soit en commission ou en séance publique, sont diffusés. Souvent ça peut se terminer très tard le soir voire très tôt dans la nuit. En tout cas on vous encourage à les écouter parce que c’est souvent d’une grande qualité grâce aux personnes qui interviennent. Il ne faut pas toujours être choqué du fait qu’il y ait peu de parlementaires qui sont en hémicycle ou en commission, c’est le travail parlementaire qui est fait comme ça. Il faut plutôt se satisfaire et se féliciter de la qualité des échanges et que, même si effectivement à l’Assemblée nationale il y a un groupe qui est ultra-majoritaire, il n’est pas impossible que des parlementaires obtiennent soit de sauver des amendements du Sénat, soit en votant des amendements qui renforcent la lutte contre l’obsolescence logicielle notamment. Je vous encourage vraiment à suivre ces débats donc à l’Assemblée nationale et évidemment on vous fera un compte-rendu la semaine prochaine ou lors d’une émission dédiée à ces sujets-là.
    Xavier est-ce que tu souhaites ajouter quelque chose sur ce sujet ?

    Xavier Berne : En termes de procédure, du coup, c’est la première lecture qui se joue en ce moment. Du coup, une fois que l’Assemblée aura voté le texte, devrait se réunir ce qu’on appelle une commission mixte paritaire, une instance où siègent sept députés et sept sénateurs qui tentent de trouver un compromis sur le texte qui vient d’être voté. S’il y a un compromis, eh bien on va dire qu’après c’est entériné très rapidement par les deux chambres, sinon on repart pour une navette parlementaire, mais en sachant que là l’Assemblée nationale aura le dernier mot.

    Frédéric Couchet : Tout à fait. Étienne est-ce que tu veux ajouter quelque chose ?

    Étienne Gonnu : Peut-être préciser que la procédure accélérée est devenue la procédure normale. Normalement il est censé y avoir deux lectures dans les chambres ce qui permet d’avoir un débat, un texte plus abouti, mieux construit. On peut regretter que maintenant la norme soit cette lecture simple dans chaque chambre.

    Frédéric Couchet : Pour les personnes qu’approfondir ce sujet intéresse, je vous invite à écouter le Libre à vous ! du 17 septembre 2019. Le sujet était « Obsolescence programmée et projet de loi relatif à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire » avec Adèle Chasson de Halte à l’Obsolescence Programmée, Frédéric Bordage de GreenIT.fr et mon collègue Étienne Gonnu. Vous pouvez l’écouter. Vous retrouverez le podcast sur le site april.org ou sur le site de la radio, causecommune.fm.
    Xavier, je te remercie pour cette chronique et on se retrouve, pas le mois prochain mais en 2020, pour la prochaine chronique « Parole libre » de Xavier Berne. Je te souhaite une belle journée.

    Xavier Berne : Merci. Pareillement. Au revoir.

    Frédéric Couchet : À bientôt.
    Nous approchons de la fin de l’émission. Nous allons terminer par quelques annonces.

    [Virgule musicale]

    Annonces

    Frédéric Couchet : Nous allons donc terminer par quelques annonces. Je regarde un petit peu le programme.
    La semaine dernière nous avions eu l'interview de Romain Pierronnet de la ville de Nancy qui nous parlait de l'évènement Le Libre sur la Place, toute une journée autour du logiciel libre et des collectivités qui se déroule en ce moment donc mardi 26 novembre 2019. Une fois que vous avez fini d'écouter l'émission vous pouvez évidemment aller écouter les débats. Les informations sont sur nancy.fr et sinon vous pouvez aller à Nancy ce soir pour la soirée débat autour de la diffusion du documentaire LOL, une affaire sérieuse de 18 heures à 20 heures 30. Toutes les infos sont sur nancy.fr. C'est un documentaire vraiment d'une grande qualité qui explique le logiciel libre et qui tourne en ce moment.

    À Paris, jeudi 28 novembre, il y a une soirée sur les nouvelles formes d'engagement sur Internet, organisée au CICP, 21ter rue Voltaire, de 19 heures à 22 heures. Le réseau Ritimo coorganise avec Attac et Globenet une soirée de discussion autour des nouvelles formes d'engagement de la jeunesse sous l'angle des usages, des outils numériques employés pour communiquer, s'organiser et se mobiliser. Je suppose que c'est pour discuter GAFAM, comment sortir des outils GAFAM et se mobiliser. L'occasion sans doute de signaler Framasoft et son projet Mobilizon.

    À Lyon, vendredi 29 novembre, il y aura une soirée hommage à Jean-Yves Royer qui était un libriste lyonnais décédé il y a quelques jours. Ça se passe à la Maison pour tous, Salle des Rancy, 249 rue Vendôme à Lyon. C'est le vendredi 29 novembre 2019 de 19 heures à 22 heures. Il faut s'inscrire pour participer, pour l'organisation, et il y a également un livre d'or ; les informations sont évidemment sur le site de l'April, april.org, et aussi sur le site de l'Agenda du Libre, agendadulibre.org.

    Le week-end dernier il y avait l'Ubuntu Party à La Villette, à la Cité des sciences et de l'industrie et j'ai notamment donné une conférence intitulée « Raconter les libertés informatiques à la radio ». Les personnes qui organisent l'Ubuntu Party sont d'une incroyable rapidité pour mettre en ligne les vidéos, car elles sont déjà disponibles donc vous pouvez voir la vidéo de ma présentation et pouvez voir évidemment les vidéos de l'ensemble des présentations ; c'est sur le site ubuntu-paris.org et c'est le premier lien qui apparaît : revoir les vidéos ou voir les vidéos. Surtout n'hésitez pas à aller les voir.

    Vous trouverez tous les autres évènements évidemment sur le site de l'Agenda du Libre, agendadulibre.org.

    J'allais oublier : tout à l'heure dans le sujet sur la stratégie logiciel libre d'Enercoop et de la MAIF j'allais oublier dans les annonces le Pacte pour la Transition. Enercoop fait partie du collectif qui a lancé ce Pacte, c'est dans le cadre des municipales de 2020, l'April en fait aussi partie. Ce sont 32 mesures que les candidats et les candidates peuvent soutenir. Vous allez sur pacte-transition.org, vous pouvez vous emparer de ces mesures pour aller voir les personnes qui tractent. Ce matin, en déposant ma fille à l'école maternelle, ça commençait déjà les tracts juste devant l'entrée. Je ne trouve pas ça super devant une école, mais bon ! Chacun fait comme il veut. En tout cas si vous voyez ces gens qui tractent ou même, évidemment, les personnes candidates, n'hésitez pas à leur parler du Pacte pour la Transition avec 32 mesures qui englobent, on va dire, toute la vie de la société .

    Notre émission se termine. Je remercie les personnes qui ont participé à l'émission du jour : Noémie Bergez, Julien Négros, Chris Woodrow, Xavier Berne, Étienne Gonnu à la manette de la régie et également en intervention.
    Merci également à Sylvain Keutsman, enseignant, compositeur et bénévole à l’April qui s’occupe de la post-production du podcast. Merci à Olivier Grieco, le directeur d’antenne de la radio, qui finalise le traitement et la préparation du podcast avant sa mise en ligne.

    Vous retrouverez sur le site de l'April, april.org, et sur le site de la radio, causecommune.fm, une page avec toutes les références utiles concernant l’émission.

    Nous vous remercions d'avoir écouté l'émission.

    La prochaine émission aura lieu en direct mardi 3 décembre 2019 à 15 heures 30. Notre invité principal sera Guillaume Poupard, le directeur de l’ANSSI, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information

    Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve en direct mardi 3 décembre 2019 et d’ici là portez-vous bien.

    Générique de fin d'émission :Wesh Tone par Realaze.

2019-12-04

  • 08:13 UTC April Camp les 7 et 8 décembre 2019 à Paris (et à distance)
    7 Décembre 2019 - 09:30
    8 Décembre 2019 - 19:00

    Le prochain « April Camp » aura lieu samedi 7 et dimanche 8 décembre 2019 au local de l'April à Paris. Il sera possible de participer à distance. Tout le monde, membre ou pas de l'association, peut participer en fonction de son temps disponible, de ses compétences, de ses envies.

    L'April Camp aura lieu au au local de l'April 44/46 rue de l'Ouest, bâtiment 8, 75014 Paris. Des outils pour participer en ligne seront également disponibles (irc, bloc-notes…).

    L'idée d'un « April Camp » est de se réunir pendant plus de deux jours entre membres et soutiens de l'April pour faire avancer des projets en cours, lancer de nouveaux projets. Les projets peuvent être de nature technique, des outils de communication, etc. Tout le monde, membre ou pas de l'association, peut participer en fonction de son temps disponible, de ses compétences, de ses envies.

    L'« April Camp » a lieu physiquement à un endroit (jour et nuit si c'est faisable), mais également en ligne. Des outils pour participer en ligne sont disponibles : IRC, bloc-notes, pont téléphonique, serveur de voix sur IP.

    N'hésitez pas à vous inscrire (pour faciliter notamment l'organisation), à proposer des thèmes de travail, à juste passer nous voir.

    Toute les informations utiles sont disponibles sur le bloc-note consacré à l'April Camp.

2019-12-03

  • 14:37 UTC Reconnaissance faciale et libertés individuelles, où est la limite ?


    Loi informatique et libertés

    Titre : La reconnaissance faciale et libertés individuelles, où est la limite ?
    Intervenant·e·s : Asma Mhalla - François Bersani - Stéphanie De Muru
    Lieu : L'Info - Le face-à-face - RT France
    Date : novembre 2019
    Durée : 23 min 23
    Visualiser l'émission
    Licence de la transcription : Verbatim
    Illustration : capture d'écran de la vidéo
    NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
    Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

    Transcription

    Stéphanie De Muru : Pour en débattre nous sommes avec Asma Mhalla spécialiste des enjeux économiques numérique. Bonsoir, merci d’être en direct avec nous sur RT France. À ses côtés François Bersani, secrétaire départemental Unité SGP Police.
    Tout d’abord, Asma Mhalla, ce débat que souhaite la CNIL arrive un petit peu tard peut-être. On sait que la reconnaissance faciale est déjà testée dans plusieurs régions de France et qu’elle va se mettre en place inéluctablement. Est-ce que ce n’est pas un faux débat, finalement aujourd’hui, ou qui arrive un peu tard ?

    Asma Mhalla : D’une part, en fait, il n’est jamais trop tard et mieux vaut tard que jamais. Le rapport1 qu’a rendu la CNIL est fondamental et très important parce qu’il commence à poser les premiers termes du débat et une forme de méthodologie justement, un cadre légal et potentiellement éthique, donc de ce point de vue il est forcément bienvenu. La question qui est fondamentale dans le rapport que la CNIL rend en réalité c’est la question des usages. Ce qui pose souvent problème c’est l’introduction des usages de la reconnaissance faciale d’abord par des usages marketing et commerciaux, donc une banalisation, une accoutumance à ces usages-là pour, progressivement, les amener en réalité sur le terrain sécuritaire de la police et de la surveillance généralisée. Donc c’est ce risque fondamental qu’on doit tous préempter autour non pas d’un débat public mais vraiment d’un débat qui est beaucoup plus démocratique et beaucoup plus éclairé que ce qu’on voit aujourd’hui apparaître. En ce sens, la CNIL envoie un signal qui est plutôt fort et plutôt positif.

    Stéphanie De Muru : François Bersani, vous étiez visés, les policiers. On imagine que vous, en tant que policier, vous vous réjouissez plutôt de ce nouvel outil qui peut peut-être même, je n’en sais rien, faire des miracles dans vos enquêtes ?

    François Bersani : Tout à fait Stéphanie. Pour nous c’est un vrai outil d’aide à l’enquête, un outil d’élucidation pour les forces de police, police-gendarmerie, donc toutes les forces de sécurité qui ont à traiter de la lutte par exemple contre le terrorisme mais aussi sur le contrôle des flux migratoires ou l’élucidation de crimes et délits. Jusqu’à présent nous traitions beaucoup avec la vidéoprotection, avec les images vidéo, voire des images à l’ancienne, mais il est aujourd’hui utile pour une police du 21e siècle d’utiliser des nouveaux arsenaux, un nouvel arsenal dont la reconnaissance faciale qui nous aurait grandement aidée, en tout cas tous les services d’enquête, lors des périodes par exemple des attentats ou même sur l’élucidation de crimes et délits. Donc ce n’est pas du tout une vision de flicage de la population ou de surveillance généralisée de la population, mais c’est bel et bien un outil très technique qui permet de faire avancer les enquêtes et de protéger aussi les biens et les personnes en pouvant très rapidement identifier des personnes recherchées puisque c’est le principal objectif.
    Il faut savoir que pour une reconnaissance faciale il faut partir d’une base, il faut partir d’une base de données et sur les expérimentations qui ont été faites en France jusqu’à présent, on s’appuie très souvent sur le fichier des personnes recherchées. L’intérêt serait, par exemple dans les moyens de transport, de pouvoir identifier très rapidement des personnes qui sont actuellement recherchées au fichier des personnes recherchées aussi bien pour des faits de terrorisme que des faits de grande criminalité ou de grande délinquance. Il n’est pas question de surveiller nos voisins ou de se livrer à un flicage de la population entière.

    Stéphanie De Muru : Votre voisine n’est pas du tout cas d’accord. C’est vrai, Asma Mhalla, vu comme ça, ça a l’air sympathique finalement on se dit « tiens !», à première vue.

    Asma Mhalla : Il y a deux points dans ce que vous dites qui m’interpellent un tout petit peu c’est la question de l’efficacité : avoir un nouvel arsenal, oui, bien sûr. Mais en réalité, quand on regarde les risques encourus, ils sont fondamentaux. Scotland Yard, enfin Londres en fait, qui a été une des villes qui a déployé le plus massivement.

    Stéphanie De Muru : Plus que Pékin d’ailleurs, c’est intéressant de le préciser parce qu’on s’imagine toujours que les Chinois sont…

    Asma Mhalla : Absolument. C’est pour ça que j’évacue tout de suite l’exemple chinois qui est la dystopie absolue.

    Stéphanie De Muru : Typiquement on en parle tout le temps, mais Londres est le grand utilisateur.

    Asma Mhalla : Londres, en fait, est en Europe la ville qui déploie le plus massivement ce type de technologie et Scotland Yard, outre les ratés du carnaval de Notting Hill, etc., a diligenté une enquête qui montre qu’en réalité les logiciels de reconnaissance faciale se trompent à 80 %, en tout cas le taux d’erreur était de 80 % ce qui est absolument énormissime. Par ailleurs, même si on prend aujourd’hui les taux de fiabilité affichés par les Amazon, les Facebook, IBM, etc., qui sont un peu les meilleurs de la classe, les best in class sur ce type de techno, en réalité on a des taux d’erreur entre 2 et 3 %. 2 % ou 3 % sur 65 millions de Français, ça fait deux millions de Français potentiellement qui pourraient faire l’objet d’une erreur de reconnaissance du logiciel ou de l’IA qui est intégrée dans les dispositifs de caméras de vidéosurveillance. Donc il y a cette première question qui est la question de la fiabilité. Même un taux d’erreur qui est extrêmement faible peut potentiellement toucher une large portion de la population.
    En second point, il y a aussi la question des biais. Qu’est-ce que c’est que la reconnaissance faciale ? C’est un algorithme qui est injecté dans des infrastructures de caméras de vidéosurveillance. Aujourd’hui, pareil, un certain nombre d’études montre que pour reconnaître des hommes blancs les taux de succès sont très importants. Quand il s’agit de reconnaître des femmes ou des personnes de couleur et à fortiori des femmes noires, on a des taux d’erreur qui peuvent monter à 35 %.

    Stéphanie De Muru : Je vous arrête pour bien qu’on comprenne, tout simplement pour une question de technique, ça ne fonctionne pas bien ?

    Asma Mhalla : Pour une question qu’en réalité, et c’est ce qui va me permettre de rebondir sur le dernier point, c’est la question des bases de comparaison. Un algorithme doit être entraîné, il va être alimenté dans son « éducation », entre guillemets, sur la base de comparaisons qui aujourd’hui sont essentiellement alimentées sur des hommes blancs. Donc quand on est femme ou quand on est de couleur, l’algorithme n’étant pas aussi bien entraîné, on a des taux d’erreur qui peuvent monter très haut. En réalité, le risque qu‘on encoure, réel, au-delà de toute analyse politique, c’est la question de la reproduction d’un certain nombre de discriminations.
    Et sur la question des bases de comparaison, on a le TAJ [fichier de traitement des antécédents judiciaires], etc., mais en réalité, ce qu’on oublie souvent et c’est par petites briques qu’on voit, en fait, le système politique de la surveillance se déployer, c’est qu’il y a un an le fichier TES [fichier des titres électroniques sécurisés] a été validé, qui est la mégabase, le mégafichier de consolidation de l’ensemble des données des Français. Donc on a toutes les données classiques mais, en plus, on intègre des données biométriques : les photos quand elles sont là, les empreintes, etc.

    Stéphanie De Muru : On le fait déjà d’ailleurs, les passeports, voilà.

    François Bersani : Dans les aéroports avec le système PARAFE [passage automatisé rapide aux frontières extérieures] par exemple, qui est le passage automatisé maintenant rapide aux frontières extérieures. Ce sont ces portails qui vous permettent maintenant de gagner beaucoup de temps lors du franchissement de ces seuils d’enregistrement dans les aéroports. Nous nous rappelons, lorsqu’on a parlé au tout départ des passeports biométriques, on a crié au loup en se plaignant que ça allait être une intrusion terrible dans la vie privée des gens en créant ce passeport biométrique ou en installant ces systèmes de portiques PARAFE. En fait, on s’aperçoit qu’à l’épreuve des faits on a très peu de remontées négatives des titulaires de passeports biométriques ou des personnes qui empruntent ces portails PARAFE et qu'ils sont vraiment une fluidification inespérée lors des passages aux frontières.
    Pour rebondir également sur ce que disait Madame Mallah il est vrai que si l’ADN est la chose la plus sure au niveau fiabilité, on a aussi connu des gens qui ont poussé des cris d’orfraie lorsqu’on a créé le FNAEG, le Fichier national des empreintes génétiques, on criait également au flicage, mais on s’est aperçu que c’est un instrument très fiable.
    Il est vrai que le fichier automatisé des empreintes décadactylaires comme la reconnaissance faciale est également une marge d’erreur, mais les services de police sont d’abord très contrôlés. L’utilisation de tout ce qui est données privées, que ce soit avec la vidéoprotection en ville où ce genre de système-là est également très contrôlé et on sait que la France est un pays certes de liberté, mais avec énormément de gardes-fous. C’est-à-dire qu’on sait très bien que tout nouveau texte législatif qui va promouvoir, par exemple, un nouveau système intrusif va être déféré devant le Conseil d’État, le Conseil constitutionnel. Il y a également des autorités indépendantes comme la CNIL ou d’autres autorités de contrôle. C’est pour ça qu’il n’y a pas de craintes à avoir. Moi je ne suis pas dans le complotisme. On regarde aussi beaucoup de films et de romans sur les risques de captation des données. Il faut quand même rester dans le littéraire et dans le film, pour l’instant en France on en est très loin.

    Stéphanie De Muru : Minoritory Report. Avant de poursuivre ce débat, pardonnez-moi je vous coupe, on va faire un petit point sur ce que dit la loi, la CNIL qui a donc rendu son rapport sur cette reconnaissance faciale, une technique qu’elle soutient mais à certaines conditions. Voici, en substance, ce qu’elle dit :

    Voix off : « L’informatique doit être au service de chaque citoyen. Son développement doit s’opérer dans le cadre de la coopération internationale. Elle ne doit porter atteinte ni à l’identité humaine, ni aux droits de l’homme, ni à la vie privée, ni aux libertés individuelles ou publiques. »

    Stéphanie De Muru : Est-ce que c’est un vœu pieux, « ni aux droits de l’homme, ni à la vie privée » ? Asma Mhalla, vous en pensez quoi ?

    Asma Mhalla : Juste pour rebondir sur la question de la loi.

    Stéphanie De Muru : On est dans le même thème.

    Asma Mhalla : Absolument, ça répondra aussi à la question. La question de la loi n’est pas un garde-fou absolu et immuable. La loi, par définition, est un produit de l’homme, est un produit de l’histoire. Elle est constitutive de ce qu’on appelle l’État de droit, donc, en réalité, elle est parfaitement modifiable. D’ailleurs on le voit dans le fichier. Pour revenir juste sur le fichier TES, son article 4 est très intéressant parce qu’il va, en fait, dans votre sens et aussi dans l’intérêt de la police. Il dit que cette base de données bien que sacrée, bien qu’on puisse mettre autour tout un ensemble de gardes-fous, en réalité les agents y ont parfaitement accès dans les cas d’atteinte à l’intérêt suprême de la nation ou dans les cas de lutte antiterroriste. Or, qu’est-ce que c’est qu’un terroriste ? Et qu’est-ce que sera un terroriste demain ? Donc même les textes de loi qui sont aujourd’hui supposés être des gardes-fous sont, en réalité, aussi l’objet de l’arbitraire de l’interprétation du texte de loi. Et si demain on déploie cet arsenal dont vous dites avoir besoin, si on le met entre les mains d’un pouvoir un tout petit peu moins bienveillant, qu’est-ce que ça donne ?
    Moi, ce qui m’inquiète beaucoup, c’est ce glissement invisible de ces technologies-là. En réalité elles sont intangibles, souvent le risque est aujourd’hui, vous l’avez dit en fait, hypothétique, donc en effet ne va pas générer une émotion plus que nécessaire, donc comment est-ce qu’on met proprement les termes du débat qui sont le risque de cette surveillance généralisée, mais qui ne se dit pas parce qu’elle est invisible et intangible.

    Stéphanie De Muru : Justement, quels sont concrètement les risques que vous-même, en tant que policier, vous y voyez ? Vous nous avez bien expliqué les avantages, mais est-ce que vous y voyez, en toute honnêteté, aussi quelques risques, notamment pour nos libertés individuelles ?

    François Bersani : Non, pas vraiment parce qu’on sait que la France est en train, un petit peu, de verser dans l’hygiénisme et dans le principe de précaution pour tout et on a tendance, en effet, à s’inquiéter de tous les défauts ou de tous les vices qui peuvent éventuellement survenir.
    Je ne dis pas qu’il ne faut pas prendre des mesures de précaution. C’est bien pour ça que tout nouveau fichier dans la police nationale ou la gendarmerie nationale, tout nouveau système intrusif dans la vie privée est toujours bordé de gardes-fous. On est dans un pays des droits de l’homme, on a énormément d’instances qui veillent, justement, sur les garanties et les libertés individuelles, donc je ne suis pas plus inquiet que ça.
    Après il faut connaître les enjeux : est-ce qu’on modernise les outils à la disposition des services de police, de gendarmerie, de contre-espionnage ou de sécurité intérieure et on accepte, en effet, qu’il existe des outils qui soient légèrement intrusifs. Mais c’est vrai que nous on est toujours amusés dans les services d’enquête quand les personnes que l’on reçoit se plaignent d’un risque sur la vidéoprotection ou sur les fichiers, parce que très souvent ces personnes qui se plaignent ce sont les premières à s’épancher sur les réseaux sociaux, sur Instagram, sur Snapchat, à raconter leur vie sur Facebook. Très souvent la population court plus de dangers dans sa vie privée à se livrer sans aucune limite, sans aucune barrière, en postant les photos du petit, de la grande, etc., en racontant ce qu’elle a fait hier, ce qu’elle fera demain. Et je peux vous rassurer, Stéphanie, bizarrement les services de police parfois sont beaucoup moins dotés d’outils que l’on peut croire et il y a encore toute une romance sur le méchant chinois, le méchant américain, le méchant russe ou le méchant de je ne sais quel pays qui viendrait espionner, capter des données. On ne sait pas ce qui sera dans 10, 20, 30, 40 ans, mais il est vrai que la police a besoin de se moderniser. La police française est quand même une des polices qui utilise le moins les technologies par rapport aux Anglo-saxons et on est très loin du Big Brother.

    Stéphanie De Muru : Asma Mhalla, qu’est-ce que vous répondez à François Bersani ? D’ailleurs est-ce qu’on a un retour d’expérience de nos amis anglais qui utilisent justement ces techniques ? Est-ce qu’il y a eu des abus, des cas caractérisés d’atteinte à la liberté individuelle, à la vie privée ?

    Asma Mhalla : À brûle-pourpoint est-ce que les Anglo-saxons sont sur le chemin du succès ou l‘exemple à suivre, je n’en suis pas certaine. J’en suis d’autant moins certaine que San Francisco a interdit la reconnaissance faciale à usage sécuritaire et policier. Ça montre bien, en réalité, que c’est en train de bouger et qu’on est un peu en train de revenir de cette béatitude face à la technologie et à l’innovation.
    Ce qui est très inquiétant dans la tendance que prend la France c’est qu’on commence à expérimenter un certain nombre de choses, beaucoup de choses, et que le débat public tel qu’il nous est vendu en réalité n’arrive réellement jamais, qu’il soit éclairé, qu’il soit fondamentalement démocratique. Même récemment on a vu Cédric O, le secrétaire d’État chargé du numérique, appeler de ses vœux un débat public tout en permettant des expérimentations. Pourquoi ? Pour l’innovation. De qui ? Des industriels. Donc en réalité, l’impératif économique prévaut visiblement au débat démocratique librement ou totalement éclairé.

    Stéphanie De Muru : Là on est plutôt dans le sécuritaire. Ce n’est pas plutôt le sécuritaire qui l’emporte ?

    Asma Mhalla : Le sécuritaire l’emporte d’autant plus que depuis de nombreuses années, en France et dans les démocraties occidentales au sens large, on est sur une rhétorique politique de la sécurité, de l’ultra-sécurité, sur l’antagonisme, la peur, la menace, peu importe en réalité l’objet.

    Stéphanie De Muru : Il y a quand même eu des attentats très meurtriers à Paris récemment.

    Asma Mhalla : Absolument. Moi, ce qui m’inquiète un peu c’est qu’en fait, si on additionne la banalisation des usages d’une reconnaissance faciale ou d’une technologie qui est invisible, donc qu’on ne voit pas, c’est-à-dire qu’elle ne permet pas de matérialiser les risques – d’ailleurs vous parlez de gardes-fous. En réalité, sur les taux d’erreur potentiels, quels sont les recours administratifs ? Aujourd’hui il n’y en pas, il y a vide là-dessus : l’auditabilité des algorithmes, les biais qui sont incorporés dans les algorithmes. En réalité on est sur un no man’s land concret, en termes de gardes-fous concrets, sur cette question-là.

    François Bersani : Je vous répondrai après.

    Asma Mhalla : Merci. Par ailleurs il y a la banalisation des usages, il y a le discours général autour de la sécurité : le président a parlé récemment de la société de vigilance qui est potentiellement, en fait, une première brique. Quand on voit le TES, l’Alicem [Authentification en ligne certifiée sur mobile], la reconnaissance faciale à usage sécuritaire ou policier, l’ambiance générale qui donne un peu le ton de ce qui est en train de se jouer, le risque d’arriver à quelque chose qui n’est pas dystopique mais qui peut être une réalité très compliquée, c’est-à-dire lever l’anonymat dans l’espace public et donc atteindre forcément et fatalement à des libertés individuelles et fondamentales, qui sont la liberté d’expression, qui sont la liberté de manifester, qui sont le droit à la vie privée, parce qu’est-ce qui est plus privé que vos données biométriques, c’est-à-dire vos empreintes ou votre visage ? J’ai envie de vous dire pas grand-chose.
    La société d’exposition dont vous parlez sur les réseaux sociaux en réalité elles sont captées derrière par qui ? Par les méta-plateformes, par les GAFA, etc. Donc on a un truchement, on a une hybridation privée-publique est pour le moins inquiétante.

    François Bersani : Un des gardes-fous principaux en France c’est que les services de police ou de gendarmerie ou de sécurité intérieure n’utilisent pas ces fichiers ou ces nouvelles technologies comme l’alfa et l’oméga. C’est-à-dire que derrière chaque fichier ou derrière chaque exploitation de vidéoprotection il y a un homme. C'est-à-dire que même s’il y a éventuellement un défaut il est tout de suite corrigé puisqu’en fait on ne laisse pas, en France, la main aux machines, au hardware, donc il y a toujours un contrôle permanent.
    Sur la vidéoprotection qui est maintenant déployée depuis beaucoup d’années dans les villes françaises, il y a eu tout un encadrement juridique en matière de conservation des données, d’effacement des données, par exemple des caméras de voie publique ne peuvent pas filmer ce qui se passe dans les bâtiments, il y a un système de floutage automatique qui se met en place. Donc je voudrais rassurer vos téléspectateurs pour ne pas être trop anxiogène. Il ne faut pas croire qu’aujourd’hui, en France en tout cas, il y a un espionnage mis en place en tout cas par les services de police. L’espionnage est dans votre carte de fidélité quand vous allez faire des courses dans les magasins, il est sur les cookies que vous laissez sur vos ordinateurs privés, il est sur les réseaux sociaux et il y a beaucoup plus de dangers, Asma je vous rassure, actuellement dans la sphère privée que du fait des forces de sécurité. Après c’est un choix : soit on travaille à l’ancienne avec la photo argentique, soit on essaye de moderniser mais tout en laissant, bien sûr, tout le temps un contrôle de l’autorité de l’État, c’est-à-dire qu’il n’est pas question de privatiser, de confier, de déléguer au privé par exemple le fichier des empreintes génétiques, le fichier des empreintes…

    Asma Mhalla : Les technologies aujourd’hui sont sous-traitées au privé. Quand on voit Alicem c’est, me semble-t-il, Gemalto2.

    François Bersani : Vous parlez de l’informatique pure.

    Asma Mhalla : Qui produit les logiciels ? C’est le secteur privé.

    François Bersani : Oui, mais l’exploitation par les forces de sécurité est toujours faite par des humains comme moi ou comme d’autres et il n’y a pas… La main n’est pas…

    Stéphanie De Muru : François Bersani vous êtes peut-être, on n’en doute pas une seule seconde d’ailleurs, quelqu’un pavé de bonnes intentions, honnête et loyal.

    François Bersani : Il y a plein d’outils de traçabilité.

    Stéphanie De Muru : Mais si ces outils se trouvent entre de mauvaises mains effectivement, entre des mains plus malveillantes, ça donne quoi ? C’est ça je pense.

    François Bersani : Je vous assure que tous les fichiers qui sont utilisés par les forces de police ou de gendarmerie en France sont hyper-tracés. Toute connexion fait l’objet d’une traçabilité parce qu’on doit se connecter sur des portails sécurisés avec des codes, je ne donnerai pas plus d’informations. Toute action des forces de sécurité est toujours tracée. Même pour des demandes de vidéoprotection, des demandes d’information, il faut savoir qu’actuellement les fichiers ne sont pas tous connectés. On a toujours l’impression que la Sécurité sociale, les Allocations familiales, les impôts livrent en flux continu des informations aux services de sécurité, ça ne se passe pas comme ça malheureusement, ce serait le rêve !

    Asma Mhalla : Pourtant on a voulu fliquer, on veut toujours fliquer les réseaux sociaux à des fins de contrôle fiscal me semble-t-il, c'est une des velléités…

    François Bersani : Entre ce que veulent certains corps d’État et ce qui se fait, en tout cas dans la police que je connais bien depuis une vingtaine d’années, je peux dire qu’au niveau des enquêteurs on a soif d’avoir un instrument, un outil qui puisse nous aider, mais encore une fois ce ne sait qu’une aide à l’enquête. J’ai ouvert le débat pas ça, en disant c’est une aide à l’enquête, ce n’est pas l’alfa et l’oméga, c’est-à-dire que ça ne va pas faire l’enquête à la place du policier. Aujourd’hui l’identification d’auteurs de crimes ou de délits se fait quand même à 99 % par le cerveau puisque les policiers et les gendarmes de ce pays ont toujours un cerveau qui leur permet d’exploiter sans l’aide d’outils informatiques ou technologiques.

    Stéphanie De Muru : Asma Mhalla, vous êtes rassurée là ?

    Asma Mhalla : Je suis absolument persuadée de la bonne foi et de la volonté des policiers. Ce n’est pas du tout un procès d’intention à la police, absolument pas. La question c’est la question de quelle société on veut en réalité ? Donc c’est un débat qui est beaucoup plus large que « est-ce que les policiers font bien ou mal leur boulot ? » Je suis absolument persuadée qu’ils le font très bien.

    Stéphanie De Muru : Ils peuvent bénéficier de cet outil.

    Asma Mhalla : La question n’est pas là. La question est beaucoup plus large et nous dépasse. En réalité c’est collectivement : quelle société on veut construire sur quel nouveau système de valeurs ? La technologie induit ces questions-là : quelle définition on donne à la liberté, à la justice et plus généralement à nos valeurs ensemble ?

    Stéphanie De Muru : Est-ce que ce n’est pas, de toute façon, inéluctable ?

    Asma Mhalla : Pas forcément. Aujourd’hui l’Europe s’est positionnée comme le champion de l’éthique et de l’innovation, mais l’innovation ce n’est pas forcément l’innovation technologique, elle peut aussi être sur le terrain des libertés. Or aujourd’hui, on voit bien quand même que le terrain des libertés se rétrécit comme peau de chagrin. Donc qu’est-ce qu’on met face à ça ? Comment est-ce qu’on réinvente ces libertés-là ? Comment on réinvente nos droits dans cette nouvelle société ?

    Stéphanie De Muru : La menace terroriste est un fait, tout de même, malheureusement.

    Asma Mhalla : Elle est un fait, mais est-ce que fondamentalement on a vraiment réussi à éviter chaque attentat qui a eu lieu ? Non. En réalité la question de l’efficacité quand je vous ressors les études de Scotland Yard qui sont franchement pas probantes, la technologie a encore beaucoup de progrès à faire. Donc quels sont les dommages collatéraux qu’on va payer en attendant d’arriver à un taux de réussite de 100 % ?

    Stéphanie De Muru : C’est vrai qu’avec François Bersani on disait que Londres est une des villes qui utilise le plus la reconnaissance faciale, il y a eu malheureusement beaucoup d’attentats dans la ville britannique.

    François Bersani : Que ces outils anticipent la commission de crimes, de délits ou d’attentats, je pense que là, en effet, on est dans la littérature, la romance, la science-fiction ; James Bond a aussi beaucoup aidé en ça et certains films d’espionnage.
    Par contre, pour partir à la traque ou à la chasse de terroristes ou de criminels qui sont en fuite, là c’est intéressant puisque la reconnaissance faciale permet dans le contrôle d’un flux massif de personnes de pouvoir essayer d’isoler et de suivre éventuellement. On parle souvent des moyens de transport, aéroports, gares et autres, et ce serait un outil technologique, mais toujours une aide à l’enquête avec toujours des policiers sur la souris pour suivre éventuellement des personnes en fuite, mais, bien sûr, avec des garanties. C’est-à-dire, aussi, que ça doit être réservé à une catégorie de crimes ou délits. On ne va pas s’amuser à faire ça pour tous les crimes et délits en France.

    Stéphanie De Muru : Asma Mhalla rapidement.

    Asma Mhalla : Mais aujourd’hui, dans ces cas spécifiques, la loi le permet déjà. Pourquoi est-ce qu’on veut généraliser quelque chose qui est déjà permis, un outil qui est déjà entre vos mains sur des cas spécifiques de recherche ciblée ? Ça, ça m’inquiète un tout petit peu. Ce qui amène encore l’argument de la surveillance généralisée : on est en train de créer progressivement des briques pour arriver à quelque chose qui potentiellement peut être dangereux et qui va au-delà de la volonté de la police. Ce n’est pas du tout la question.

    Stéphanie De Muru : Merci Asma Mhalla et François Bersani de nous avoir apporté vos deux points de vue.

  • 14:30 UTC ANSSI - eTHiX - Polices libres - « Libre à vous ! » diffusée mardi 3 décembre 2019 sur radio Cause Commune

    Au programme : notre sujet principal porte sur l'ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information); chronique d'Isabella Vanni avec la présentation du GULL (groupe d'utilisateurs et d'utilisatrices de logiciels libres) eTHiX; chronique de Jean-Christophe Becquet sur les polices libres.

    Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15h30 à 17h sur la radio Cause commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet).

    Au programme de la 47e émission :

    • sujet principal : l'ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information) avec l'interview de son directeur général Guillaume Poupard
    • la chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet, président de l'April, sur le thème « Les polices libres n'ont pas mauvais caractères »
    • la chronique « Le libre fait sa comm' » d'Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April, qui présentera le GULL (groupe d'utilisateurs et d'utilisatrices de logiciels libres) eTHiX avec l'interview de Nicolas Barteau, médiateur numérique libre et président d'eTHiX
    • diverses annonces

    Podcasts des différents sujets abordés

    Les podcasts seront disponibles après la diffusion de l'émission (le jour même ou le lendemain).

    N'hésitez pas à nous faire des retours sur le contenu de nos émissions pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat).

    Personnes participantes

    Les personnes qui ont participé à l'émission :

    • Frédéric Couchet, délégué général de l'April
    • Guillaume Poupard, directeur général de l'ANSSI
    • Jean-Christophe Becquet, président de l'April
    • Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April
    • Nicolas Barteau, médiateur numérique libre et président d'eTHiX
    • Etienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques à l'April, (régie)

    Galerie photos

    Vous pouvez voir quelques photos prises pendant l'émission.

    Références pour la chronique « Le libre fait sa comm' » d'Isabella Vanni

    Références pour la partie consacrée à l'ANSSI

    Références pour la chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet sur les polices libres

    Références pour la partie sur les annonces diverses

    Pauses musicales

    Les références pour les pauses musicales :

    Licences de diffusion, réutilisation

    Les podcasts sont diffusés selon les termes d’au moins une des licences suivantes : licence Art libre version 1.3 ou ultérieure, licence Creative Commons By Sa version 2.0 ou ultérieure et licence GNU FDL version 1.3 ou ultérieure. Les musiques sont diffusées sous leur propre licence.

2019-12-02

2019-11-29

  • 11:00 UTC Émission « Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (3 décembre 2019)
    3 Décembre 2019 - 15:30
    3 Décembre 2019 - 17:00

    Photo d'illustration de l'émission

    47e émission Libre à vous ! de l'April en direct sur radio Cause Commune (93.1 FM en Île-de-France, et sur le site web de la radio), mardi 3 décembre 2019 de 15 h 30 à 17 h 00. Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traités sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

    Au programme :

    • Notre sujet principal porte sur l'ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information) avec l'interview de son directeur général Guillaume Poupard
    • la chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet, président de l'April, sur le thème « Les polices libres n'ont pas mauvais caractères »
    • la chronique « Le libre fait sa comm' » d'Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April, qui présentera le GULL (groupe d'utilisateurs et d'utilisatrices de logiciels libres) eTHiX avec l'interview de Nicolas Barteau, médiateur numérique libre et président d'eTHiX

    Nous contacter pour poser une question :

    Intervenir pendant le direct (mardi 3 décembre 2019 de 15h30 à 17h00) :

    Écouter le direct mardi 3 décembre 2019 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

    Les ambitions de l'émission Libre à vous !

    La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

    Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

    Les archives de l'émission

    Écouter les émissions précédentes

2019-11-27

  • 11:47 UTC Projection du film Internet ou la révolution du partage à Chorges (05)
    30 Novembre 2019 - 19:00
    30 Novembre 2019 - 21:00

    Dans le cadre du mois documentaire et avec l'aide d'Arte, la médiathèque de Chorges, dans les Hautes-Alpes organise une projection du film Internet ou la révolution du partage de Philippe Borrel, samedi 30 novembre 2019 à 19h.

    « Quand on prive les gens du savoir, ils ne le supportent pas, ils ont envie de hacker le système. Et ce qu’il y a de bien avec l’informatique, avec les logiciels libres, c’est qu’ils peuvent le faire. »

    La projection sera suivie d'un temps d'échange en présence de Jean-Christophe Becquet, président de l’April et d'un verre de l'amitié.

    Entrée libre et gratuite.

    À propos du film Internet ou la révolution du partage :

    « Ce film propose un état des lieux de deux logiques qui s'affrontent au cœur de la technologie: les principes émancipateurs du logiciel libre s'attaquent à ceux, exclusifs, du droit de la propriété intellectuelle.
    Le documentaire part à la rencontre de celles et ceux qui expérimentent des outils d'émancipation dans une multitude de domaines où les pratiques collectives "non propriétaires" essaiment : dans l'alimentation, avec les semences libres, dans la santé, avec des médicaments open source, ou dans l'éducation, grâce au libre accès à la connaissance.
    La question posée par ce film dépasse donc largement la sphère internet car elle touche à la notion même du bien commun, et notre (si ce terme a encore un sens) vivre ensemble.
    »

  • 07:52 UTC Sauvons le .org !

    L'April soutient la lettre ouverte demandant de stopper la vente de Public Interest Registry (PIR), organisme sans but lucratif qui gère le domaine internet « .org », à un fonds d'investissement privé (Ethos Capital).

    Le domaine « .org » concerne avant tout les organisations à but non lucratif. Il est utilisé par exemple par la Free Software Foundation (FSF), l’Electronic Frontier Foundation (EFF), Wikipédia, Internet Archive, Framasoft, Creative Commons, LinuxFr.org et bien sûr, l'April.

    Ce domaine est géré par une organisation sans but lucratif Public Interest Registry (PIR), détenue par l’Internet Society. PIR va désormais appartenir à un fonds d'investissement privé (Ethos Capital), si ce changement est validé début 2020.

    Ce changement suscite d'importantes craintes, en termes de coût d’une part (le tarif d'enregistrement d'un sous-domaine en « .org » était plafonné jusqu’à récemment), mais aussi en termes de risques de censure. L'EFF a lancé une campagne « Save .ORG » pour expliquer les dangers d'un tel changement et pour demander l'annulation de la vente de PIR à Ethos Capital. La campagne prend la forme d'une lettre adressée à Andrew Sullivan président de l'Internet Society. Nous vous encourageons à co-signer la lettre.

    Lire et co-signer la lettre ouverte

    Aidez à arrêter la vente du Public Interest Registry à un fonds d'investissement privé

    Cher M. Sullivan

    Nous vous appelons à arrêter sans attendre la vente du Public Interest Registry (PIR) à Ethos Capital.

    Les organisations non gouvernementales partout dans le monde dépendent du domaine de premier niveau [top level domain, TLD] « .org ». Les décisions qui impactent le « .org » doivent être prises après consultation de la communauté des ONG, supervisées par une personne de confiance, cheffe de file de la communauté. Si l'Internet Society (ISOC) ne peut plus être cette cheffe de file, elle devrait travailler avec la communauté des ONG et la Société pour l'attribution des noms de domaine et des numéros sur Internet (ICANN en anglais), afin de trouver un remplaçant qui convienne.

    L'accord sur les registres de 2019 pour le « .org » marque un tournant significatif après les 34 années d'histoire du « .org ». Il donne le pouvoir au bureau d'enregistrement de prendre des décisions stratégiques au détriment de la communauté du « .org » :

    • Le pouvoir d'augmenter les frais d'enregistrement en « . org » sans accord de l'ICANN ou de la communauté du « .org ». Une augmentation du coût du « .org » mettrait de nombreuses ONG financièrement précaires dans la position délicate de faire le choix entre payer des frais plus élevés ou perdre la légitimité et l'image de marque du domaine « .org ».
    • Le pouvoir de développer et de mettre en place unilatéralement des Mécanismes de Protections des Droits , sans consultation de la communauté « .org ». Si de tels mécanismes ne sont pas soigneusement élaborés en collaboration avec la communauté des ONG, ils risquent de censurer des activités sans but lucratif parfaitement légales.
    • Le pouvoir de mettre en place des procédures de suspension de nom de domaine basées sur des accusations « d'activité contraire à la loi applicable ». Le bureau d'enregistrement du « .org » ne devrait pas mettre en place de telles procédures sans comprendre que des entités étatiques ciblent régulièrement les ONG avec des accusations d'activités illicites.

    Un bureau d'enregistrement pourrait abuser de ces pouvoirs pour faire du tort, significatif, à l'ensemble du milieu des ONG, intentionnellement ou non. Nous ne pouvons pas nous permettre de les confier à un fonds d'investissement privé qui n'a pas acquis la confiance de la communauté des ONG. Le « .org » doit être géré par une organisation qui met les besoins des ONG au-dessus des considérations de profit.

    Quand l'ISOC a initialement proposé le transfert de la gestion du « .org » au PIR en 2002, la présidente et directrice générale de l'ISOC de l'époque, Lynn St. Amour, avait promis que le « .org » serait contrôlé par la communauté des ONG . Selon ses mots, le PIR s'appuyerait « sur les ressources du réseau global étendu de l'ISOC pour conduire sa stratégie et sa gestion ». En tant que membre de longue date de ce réseau global, nous insistons pour que vous teniez cette promesse.

    Traduction réalisée par l'April

    Pour en savoir plus (en français) :

2019-11-25

  • 23:15 UTC Décryptualité du 25 novembre 2019 - Auto-apprentissage et informatique libre

    Écouter ou télécharger le décryptualité du 25 novembre 2019 (14 minutes)

    Un article de la revue de presse évoque le cas d'un développeur ayant appris par lui-même grâce aux logiciels libres qu'il a pu étudier et modifier. L'occasion de se pencher sur cette qualité souvent oubliée du logiciel libre.

    Decryptualité sur Mastodon
    Syndiquer le contenu Syndiquer le contenu grâce à votre agrégateur de flux RSS

  • 21:22 UTC Revue de presse de l'April pour la semaine 47 de l'année 2019

    Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

    [ICTjournal] Transparence et responsabilité algorithmiques: c’est compliqué…

    ✍ Rodolphe Koller, le .

  • 16:44 UTC Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 19 novembre 2019


    Bannière de l'émission

    Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 19 novembre 2019 sur radio Cause Commune
    Intervenant·e·s : Emmanuel Revah - Catherine Dufour - Magali Garnero - Romain Pierronnet - Frédéric Couchet - Patrick Cresusot à la régie
    Lieu : Radio Cause Commune
    Date : 19 novembre 2019
    Durée : 1 h 30 min
    Écouter ou enregistrer le podcast
    Page des références utiles concernant cette émission
    Licence de la transcription : Verbatim
    Illustration : Bannière radio Libre à vous - Antoine Bardelli ; licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo radio Cause Commune, avec l'accord de Olivier Grieco.
    NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
    Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

    logo cause commune

    Transcription

    Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

    Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous. Vous êtes sur la radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. La radio dispose également d’une application Cause Commune pour téléphone mobile.

    Merci d’être avec nous aujourd’hui pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.

    Nous sommes mardi 19 novembre 2019, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.

    La radio dispose d’un salon web, vous pouvez utiliser votre navigateur web préféré, vous pouvez vous rendre sur le site de la radio, causecommune.fm, cliquer sur « chat » et ainsi nous retrouver sur le salon dédié à l’émission pour interagir en direct avec nous.

    Le site web de l’April c’est april.org et vous y retrouverez une page consacrée à l’émission avec les références sur les pauses musicales et toute autre information utile en complément de l’émission.

    Nous vous souhaitons une excellente écoute.

    Nous allons passer au programme de l’émission du jour.
    Nous allons commencer par trois courtes interviews réalisées à l'occasion de l’Ubuntu Party du week-end dernier.
    Ensuite ce sera la chronique « Itsik Numérik » d'Emmanuel Revah qui nous fait le plaisir d’être avec nous aujourd’hui.
    D’ici une vingtaine de minutes nous aborderons notre sujet principal qui portera sur le livre Ada ou la beauté des nombres avec l’interview de son autrice, Catherine Dufour.
    Et en fin d’émission nous aurons l’interview de Romain Pierronnet pour l'événement Le Libre sur la Place qui se déroule à Nancy le 26 novembre 2019.
    À la réalisation de l’émission aujourd’hui Patrick Creusot. Bonjour Patrick.

    Patrick Creusot : Bonjour tout le monde et bonne émission.

    Frédéric Couchet : Place tout de suite au premier sujet.

    [Virgule musicale]

    Frédéric Couchet : Nous allons commencer par trois courtes interviews réalisées à l’occasion de l’Ubuntu Party qui s’est déroulée à la Cité des sciences et de l’industrie les 16 et 17 novembre 2019. J’ai également fait une présentation sur l’émission, la vidéo devrait être bientôt disponible sur le site ubuntu-party.org et j’ai profité de cette conférence pour faire trois interviews. Nous allons donc les écouter et on se retrouve juste après.

    [Virgule de transition]

    Interviews réalisées à l'Ubuntu Party de Paris

    Frédéric Couchet : Nous sommes en direct de l’Ubuntu Party de Paris, donc le 17 novembre 2019. Je suis avec Tony. Je voudrais savoir pourquoi tu es venu à l’Ubuntu Party aujourd’hui ?

    Tony : Je suis venu à l’Ubuntu Party parce que j’ai eu beaucoup de chance : un ami m’a fait découvrir le monde du Libre. Au début je ne jurais que par Windows parce que j’ai été formaté à l’école à l’utilisation de Windows et j’avais peur d’essayer un autre système. Il m’a fait découvrir un autre système qui m’a beaucoup aidé parce que j’ai eu un grave accident de la route. En fait, grâce à ce système-là, je peux utiliser l’informatique parce qu’il est facile d’entretien et beaucoup plus rapide que d’autres systèmes comme Windows où il faut mettre à jour le système ce qui prend beaucoup de temps, mettre à jour les pilotes, les logiciels alors que là tout se fait en une seule phase : vous appuyez sur un bouton pour mettre à jour, éventuellement passer par le terminal pour taper quelques formules, mais si on ne le fait le système fonctionne très bien. Ça m’a rendu un immense service, ça m’a donné une autonomie administrative.
    Je viens régulièrement à l’Ubuntu Party pour pouvoir découvrir ce qui se fait de nouveau, apprendre des nouvelles choses et puis j’aimerais un peu m’informer parce que j’aimerais pouvoir trouver une solution pour rendre le système Ubuntu accessible à d’autres genres de handicap comme le handicap visuel, de façon à ce qu’une personne aveugle puisse installer le DVD dans un ordinateur comme monsieur et madame Tout-le-monde et qu’elle puisse directement avoir un système qui soit vocalisé, l’utiliser directement et toujours aussi avec de l’autonomie. Malheureusement, les logiciels qui sont utilisés par les personnes malvoyantes sont coûteux et, au niveau des droits de propriété, ce n’est pas terrible, elles ne font pas ce qu’elles veulent. Il y a des personnes qui réalisent qu’elles ont acheté quelque chose qui fonctionne sur Windows 7, mais qui, malheureusement, ne fonctionne plus sur Windows 10, donc elles sont obligées de repayer. Du coup elles sont extrêmement contraintes ! Ce serait bien que le Libre permette aussi de rendre les choses encore plus accessibles pour les personnes qui en ont le plus besoin, pour acquérir de l’autonomie dans leurs difficultés quotidiennes.

    Frédéric Couchet : D’accord. Je ne sais pas ce qu'il en est côté Ubuntu, mais je crois que côté Debian il y a des versions qui sont adaptées pour les personnes souffrant de problèmes visuels. Tu as déjà eu l’occasion d’en tester toi ?

    Tony : J’ai regardé sur HandyLinux, mais malheureusement ce sont des versions qui ne sont pas entretenues très longtemps. J’ai essayé de tester, mais ça n'avait pas l’air de bien fonctionner. Pour l’instant, pour tout ce qui est lié au handicap, une version spéciale handicap dans le monde du Libre ça n’existe pas encore et je pense que c’est quelque chose à créer. Malheureusement je ne suis pas programmeur, j’aimerais bien savoir programmer pour pouvoir mettre ma pierre à l’édifice. Ça serait quelque chose à développer pour le démocratiser.
    Je pense que pour pouvoir démocratiser les logiciels libres et tout ça, ça serait de s’inspirer un peu de ce qu’a fait Microsoft : ils ont imposé directement Windows dans les ordinateurs à l’école et, du coup, on a été formatés comme ça et ce qui serait bien ce serait de pouvoir récupérer des PC. Par exemple, les entreprises de La Défense ont refilé des PC à des sociétés, j’ai vu un reportage récemment, qui se retrouvaient sur les côtes africaines en train de polluer les terres là-bas. Ça serait bien justement de pouvoir récupérer ces PC-là, d’installer un système libre dessus, Ubuntu ou Debian, et de pouvoir les distribuer à des personnes qui ont de faibles ressources ou qui ont des problèmes de santé ou de handicap. L’informatique c’est difficile, pouvoir démocratiser l’accès à informatique et ça serait une bonne promotion pour le logiciel libre. En fait, s’inspirer de ce qu’a fait Windows à l’école, mais le faire en distribuant les ordinateurs gratuitement ou pour une somme modique et éventuellement assurer une formation à la personne puisque quand on ne connaît ça fait peur, mais une fois qu’on a découvert on y est déjà accroc.

    Frédéric Couchet : D’accord. Écoute merci Tony et à la prochaine Ubuntu Party. Au revoir.

    Tony : OK. Merci beaucoup. Au revoir.

    [Virgule de transition]

    Frédéric Couchet : Nous sommes toujours à l’Ubuntu Party du 17 novembre 2019 à la Cité des sciences. Nous sommes avec Charlotte. Charlotte, tu participes aux Ubuntu Party. Pourquoi tu participes ? Qu’est-ce que tu y fais ?

    Charlotte : Pourquoi je participe ? Par habitude ! Ça fait deux ans que j’y participe et je fais des trucs avec le groupe Ubuntu depuis un petit moment. En fait, ce qui m’intéresse c’est que c’est la façon la plus facile de parler avec le grand public parce que Ubuntu c’est un système d’exploitation, c’est très facile à montrer sur un ordinateur. On montre : « Cet ordinateur que tu vois fonctionne avec un logiciel libre. » Et là-dessus : « Oui, mais qu’est-ce que c’est qu’un logiciel libre ? » et là-dessus on enchaîne, on parle de Gimp, de tous les autres logiciels qui existent. « Qu’est-ce que tu fais ? – Tu fais de la musique, il y a Audacity, etc. »
    Donc l’Ubuntu Party c’est une bonne excuse pour parler au grand public comme je viens de dire.
    Il y a des gens qui viennent qui ne connaissent pas du tout Ubuntu.
    Il y a des gens qui sont un peu à l’étape supérieure, qui veulent qu’on les aide à installer Ubuntu, donc c’est tout à fait possible et c’est un grand succès.
    Après il y a les gens qui connaissent déjà, qui sont habitués, et pour eux il y a des conférences ou des ateliers s’ils veulent apprendre plus de choses. Dans les conférences, il y a par exemple une conférence sur l’asso FDN et ça c’est valable pour les gens qui connaissent déjà un peu ; ils sont beaucoup intéressés par ça. C’est un mélange de plusieurs types de public, ce qui est assez intéressant.

    Frédéric Couchet : D’accord. Tu fais aussi les images de communication de l’Ubuntu Party ? Non ?

    Charlotte : Oui et ça me fait très plaisir. Effectivement, il y a tous les trucs à faire quand il y a un évènement : les affiches, les images pour les réseaux sociaux, la signalétique une fois à l’intérieur et, comme c’est mon taf, c’est bien, je suis utile là-dessus, enfin j’espère. Donc effectivement c’est un peu mon taf, mon travail attitré à l’Ubuntu Party.

    Frédéric Couchet : D’accord. Merci Charlotte et à la prochaine Ubuntu Party.

    Charlotte : Merci beaucoup.

    [Virgule de transition]

    Frédéric Couchet : Maintenant nous sommes avec Tr4sK, l’un des organisateurs de l‘Ubuntu Party de 2019 à la Cité des sciences. Bonjour Tr4sK, est-ce que tu peux nous faire un petit retour sur cette édition de novembre 2019 ?

    Tr4sK : Bonjour Frédéric. Ça c’est très bien passé. C’était une très bonne Ubuntu Party. On a eu des super conférences sur FDN, sur les opérateurs Internet, sur la blockchain, que j’ai bien aimées, et des ateliers sur comment se libérer des GAFAM, comment installer un bon Ad Blocker et un petit peu d’explications sur comment gérer les cookies et quoi faire avec ses cookies sur un ordinateur.

    Frédéric Couchet : Donc pour ne pas être tracé, pour bloquer les pubs.

    Tr4sK : Exactement.

    Frédéric Couchet : Le principe de l’Ubuntu Party c’est aussi la fête d’installation, donc les gens viennent avec un ordinateur, se font installer Ubuntu ?

    Tr4sK : C’est ça, on a fait, je crois, une quarantaine d’installations hier, peut-être 80, 40 je crois, donc on doit être à une centaine sur deux jours, ce qui est plutôt pas mal. C’est 100 nouveaux ubunteros cette année, pour cette édition. On en a deux par an, ça nous fait 200 ubunteros en plus par an.

    Frédéric Couchet : En tout cas c’est une action qui fonctionne et encore maintenant parce que j’ai croisé quelqu’un, une dame qui demandait : « Est-ce que je peux venir avec ma tablette ? » Typiquement elle viendra soit à la prochaine Ubuntu Party soit au Premier samedi du Libre qui a lieu aussi à La Villette.

    Tr4sK : Exactement.

    Frédéric Couchet : Là c’est le rangement, donc content de l’édition de novembre 2019 ?

    Tr4sK : Content.

    Frédéric Couchet : Fatigué ?

    Tr4sK : Fatigué.

    Frédéric Couchet : OK. On va te laisser te reposer. À bientôt.

    Tr4sK : Il faut ranger. Merci. Merci d’être venu.

    Frédéric Couchet : Merci à toi.

    [Virgule de transition]

    Frédéric Couchet : Vous avez écouté trois courtes interviews réalisées dimanche 17 novembre 2019 à la Cité des sciences et de l’industrie dans le cadre de l’Ubuntu Party. Il y a eu pas mal de conférences et d’ateliers. On me signale que les vidéos sont en train d’être téléchargées et seront disponibles assez rapidement. L’adresse c’est « videos » avec un « s » point ubuntu tiret paris point org, videos.ubuntu-paris.org. On mettra évidemment les références sur le site de l’April et sur le site de Cause commune. Je voulais aussi préciser que Charlotte qui était interviewée, qui est bénévole dans les Ubuntu Party, anime avec Olive chaque lundi l’émission Dissonances sur Cause commune de 12 heures à 13 heures 30 ; ça parle de musique, d’histoire, de science, de politique ; ils animent aussi avec André qui parle souvent de musique. Je vous encourage à écouter sur Cause Commune FM 93.1.
    On va passer au sujet suivant.

    [Virgule musicale]

    Chronique « Itsik Numérik » d'Emmanuel Revah sur Stallman was right

    Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre avec la chronique « Itsik Numérik » d’Emmanuel Revah. On a initié en septembre le principe de chroniques courtes, prises de position, peut-être coups de gueule et Emmanuel nous fait le plaisir d’être présent aujourd’hui en studio.
    Dans cette chronique tu veux, je crois, faire un petit peu un coup de gueule sur le Libre, c’est bien ça ?

    Emmanuel Revah : Ouais, un petit peu, le Libre ne va pas toujours très bien.

    Frédéric Couchet : OK. On t’écoute.

    Emmanuel Revah : Il existe un forum sur Reddit, ou un sous-reddit, qui s'appelle Stallman was right, en français « Stallman avait raison ». Non, je ne vais pas parler d’Epstein, tout ça. Sur ce forum, on voit passer des tas d'articles et des critiques contre les médias sociaux centralisés, Google et ces assistants virtuels que les gens installent dans leur salon afin de participer, malgré eux, à une panoptique 2.0.

    L'autre jour, je suis tombé sur un post qui parlait d'une de ces télévisions modernes que les gens peuvent s'acheter de manière totalement volontaire. Quelqu’un a découvert et dénonce que sa télé intègre des publicités : son télécran affiche des pubs directement dans le menu de l'appareil ! Clairement Samsung est allé trop loin cette fois ! Trop de publicité ! La publicité ça gêne, ça distrait et ça prend de la place, en gros, c'est une nuisance visible, donc inacceptable.
    Je dis ça parce que dans cette discussion toute la partie espionnage et manipulation semble être au moins secondaire.

    La solution préconisée par la majorité des intervenants — et je rappelle qu’on est sur un forum qui s'appelle « Stallman avait raison » — c'est d'installer divers types de bloqueurs de pub ! Mais oui, continuez à acheter des Smart TV et ensuite achetez un autre ordinateur, genre un Raspberry Pi sur lequel il faut installer un résolveur DNS pour filtrer les noms de domaines des publicitaires. Il faudrait donc allumer un ordinateur de plus, juste parce qu’on ne peut pas installer un bloqueur de pub, comme uBlock Origin, sur les télés intelligentes ? C’est vrai, on ne peut rien installer sur ces télés ordinateurs sans la permission du fabricant.

    Le truc qui me désespère vraiment, c’est quand tu arrives sur le forum et que tu dis juste : « N'achetez pas de Smart TV » et problème résolu, on te répond des trucs du genre : « Ce n’est pas possible. Presque toutes les télés modernes sont des Smart TV. » Le bon vieil argument de Margaret Thatcher : « il n’y a pas d’alternative ».

    Comment ça, pas d’alternative ? Déjà, est-ce que l’achat d’un tel appareil est obligatoire ? Est-ce qu’une télé est vitale ? En plus, une télé qui vous espionne, qui utilise votre connexion internet pour télécharger la propagande consumériste, à vous encombrer le menu du réglage de la luminosité d’une machine qui veut juste la fin de nos libertés ? Excusez-moi Frédéric, il faut que j’envoie un petit texto à HADOPI : « Chère HADOPI, je me dois de vous informer que je partage ma connexion avec Samsung, Google et Facebook. Par conséquent, je gère que dalle ! »

    Il y en a qui conseillent carrément d’acheter une Smart télé et après de démonter la chose pour ensuite déconnecter les modules Wifi et Bluetooth de l’intérieur. Bien sûr ! Le conseil c’est de débourser la plus grosse partie d’un SMIC dans une télé espion et de commencer la relation en lui montrant le côté sombre d’un fer à souder. Non mais sérieux ! Il ne faut pas dire ça aux gens. Il ne faut pas dire aux gens de prendre le risque de casser leur truc tout neuf, qui sent encore l'odeur de l’usine de la souffrance ! En plus, si jamais par chance ton truc tombe en panne avant la fin de la garantie, tu auras l’air fin ! Il ne te restera plus qu’à te racheter le même dans sa version dernier cri édition indémontable ou, comme on dit, Apple.

    Pendant ce temps, on parle de DOH, ou DNS via HTTPS, c’est-à-dire du DNS qui passe par le web. C’est censé aider à contourner la censure et à cacher les requêtes DNS du FAI, du fournisseur d’accès à Internet. En gros, le truc qui permet à des logiciels de résoudre des noms de domaine en contournant les filtres de DNS classiques. Tu sais, le truc qu’on nous a conseillé d’installer sur un Raspberry Pi pour essayer d’éviter de recevoir la publicité en premier lieu.
    On peut parier très vite qu’après une bonne mise à jour forcée du système d’exploitation de l’humanité, la télé pub va passer à ce système et le petit ordi qui tente en vain de protéger le peu d’espace privé qui nous reste va simplement ramasser de la poussière en clignotant de temps en temps.
    La Smart TV contournera les filtres DNS sans problème. Si la Smart TV veut t’afficher des pubs, eh bien elle le fera, rien ne l’empêche de le faire, comme avec les DRM. En gros, on pourra vous obliger à connecter l’espion diffuseur de publicité à Internet pour qu’elle puisse fonctionner comme prévu sinon, pas de chocolat !

    Toute cette histoire est une bonne métaphore pour un truc horrible qu'on entend trop, trop souvent, même chez des libristes : « Il n’y a pas d’alternative. On n’a pas d’alternative. »
    Il n’y a pas d’alternative, je dois utiliser Gmail pour travailler avec les gens.
    Il n’y a pas d’alternative, si je n’ai pas de smartphone, je ne pourrai pas savoir l’heure.
    On n’a pas d’alternative pour sauver l’environnement, les droits des humains et toutes les autres choses que l’humanité ne mérite même plus trop … on doit absolument poster des images sur une plateforme qui censure de plus en plus ouvertement dans l’objectif est de conquérir les marchés qui se trouvent sous des régimes autoritaires et, au passage, nous habituer de plus en plus à la censure.

    Il est temps pour nous d’arrêter de faire des compromis, l'invasion du capitalisme de surveillance est allée bien trop loin et depuis bien trop longtemps. On perd notre énergie avec des rustines qui ne servent, finalement, qu'à soutenir la surveillance permanente. Ces rustines sont de plus en plus complexes, de plus en plus réservées à des personnes ayant des compétences avancées et surtout du temps à perdre.

    Il est temps d’arrêter les compromis. N’achetons pas de smartphone, n’achetons pas de Smart TV, arrêtons de soutenir les médias sociaux centralisés et, de manière générale, les GAFAM qui ont pour objectif de devenir les gouvernements 2,0, sinon, tous nos efforts jusqu’ici, seront compromis.

    Je vais terminer juste avec une phrase que j'adore, qui est plutôt le titre d’une chanson de Gil Scott-Heron qui dit : The Revolution Will Not Be Televised, en français « La Révolution ne sera pas télévisée ».

    Frédéric Couchet : Merci Emmanuel. J’ai quand même envie de te poser une petite question : tu y crois vraiment que les gens seront capables de prendre ces décisions, de faire ces choix

    Emmanuel Revah : Je ne sais pas s’ils seront capables, mais c’est peut-être quelque chose qu’on doit faire si on veut rester libre, si on veut ne pas se sentir obligé d’avoir des smartphones, des Smart TV, tous ces appareils-là. À un moment donné, c’est peut-être à nous de faire ces choix qui ne sont pas toujours évidents, peut-être, mais qu’il faut faire.

    Frédéric Couchet : Vu que tu es sur place on va en profiter un petit peu comme on a un petit peu de temps devant nous : tu es informaticien. Est-ce que tu te définis comme informaticien ? Peut-être ou peut-être pas d’ailleurs.

    Emmanuel Revah : Je dois me définir à un moment donné parce qu’on me pose toujours des questions et je commence à me définir en tant qu’informaticien militant.

    Frédéric Couchet : D’accord. Ton activité professionnelle principale aujourd’hui c’est de faire de l’informatique libre ? C’est ça ?

    Emmanuel Revah : C’est ça.

    Frédéric Couchet : Avec un public cible, c’est quoi ? C’est le grand public, ce sont les entreprises, ce sont les collectivités ?

    Emmanuel Revah : C’est plutôt le grand public, l’associatif éventuellement et quelques entreprises un peu éthiques. Maintenant je suis en Normandie. Je travaille avec une association qui fait la promotion de l’agriculture biologique, donc je leur développe des outils, je leur installe des ordinateurs sous système libre, je leur propose des solutions de travail libres. J’essaye aussi de faire un petit peu des conférences ou des choses comme ça, de faire de la sensibilisation ; j’ai pu faire deux/trois interventions dans les médiathèques autour de Granville et un tout petit peu à Rennes.

    Frédéric Couchet : D’accord. Le nom de ton activité professionnelle c’est Hoga.

    Emmanuel Revah : C’est ça.

    Frédéric Couchet : Hoga, le site web c’est quoi ?

    Emmanuel Revah : H, o, g, a point fr

    Frédéric Couchet : Point fr. J’ai l’impression que ton activité est à la fois professionnelle mais aussi militante. Je suppose que quand tu vas voir les gens ou les gens avec qui tu discutes, tu leur parles aussi de ce dont tu viens de nous parler dans cette chronique. Comment ils réagissent ? Est-ce que ces personnes te demandent s’il y a des alternatives ? Est-ce que ces personnes t’expliquent qu’en fait elles ne peuvent pas se passer de Facebook pour être en relation avec leurs amis, avec leur famille ? Comment ça se passe ?

    Emmanuel Revah : Il y a deux choses. Il y a en effet d’un côté les gens qui disent qu’ils ont besoin de Facebook et ce genre de choses-là. Dans ces cas-là, ce qui est bien c’est que je vis dans un coin où je n’ai pas besoin de beaucoup d’argent, je n’habite pas à Paris, c’est fini tout ça, donc j’ai aussi la possibilité de dire aux gens « si vous voulez installer un ordinateur sous Windows avec Skype et machin et machin », eh bien je ne suis pas obligé de le faire. Ça c’est vraiment la liberté que je me suis prise, c’est d’avoir le choix de ne pas faire des choses que je ne veux pas.
    Quand les gens me disent : « J’ai besoin de Facebook, j’ai besoin de ça », je leur dis : « Très bien, faites sans moi » et évidemment on me demande toujours des alternatives. Je peux parler de Framasphère et Mastodon qui peuvent remplacer une partie des fonctionnalités de Facebook. J’essaie aussi d’être honnête, de dire sur Mastodon il n’y a pas autant de personnes que sur Twitter. En revanche sur Mastodon, les gens qui sont là sont peut-être plus ouverts à des propositions éthiques et originales, etc., ce n’est pas une plateforme commerciale. Donc on lâche quelque chose et on gagne autre chose.

    Frédéric Couchet : D’accord. On va préciser que Mastodon est un réseau décentralisé de microblogage, des messages courts même s’ils sont plus longs que sur Twitter. Ça fait écho : j’étais récemment à un forum sur les médias associatifs, médias indépendants et associatifs, qui parlaient un peu de leur dépendance à Facebook, aux outils Google, etc., et une des personnes intervenantes, je ne sais plus du tout de quel média elle était, a cité Mastodon et justement peut-être le besoin d’être aussi présent sur Mastodon pour voir comment ça fonctionne, pour s’approprier l’outil, en plus d’être présent sur Twitter. Il y a un écho dans ces milieux-là et avec des outils qui sont développés de plus en plus. Il y a Mastodon, il y a Framasphère.

    Emmanuel Revah : C’est Diaspora.

    Frédéric Couchet : C’est ça, c’est Diaspora donc un outil de réseau social, on va dire, en Libre. Et puis Framasoft développe d’outils. Par exemple, sur les vidéos, il y a aussi PeerTube. Quand je parlais tout à l’heure, juste avant, de l’Ubuntu Party, les vidéos qui sont tournées sur l’Ubuntu Party sont téléchargés sur une instance PeerTube. Une instance PeerTube c’est un réseau décentralisé de vidéos, évidemment pour offrir une alternative décentralisée, loyale à YouTube.
    Donc toi, dans le cadre de tes demandes, est-ce que tu as des gens qui te demandent vraiment de leur installer par exemple un PeerTube ou de les former à ça, de leur expliquer ?

    Emmanuel Revah : La demande pour des instances de PeerTube, il n’y en a pas encore trop, mais j’en parle puisque je fréquente un peu, il y a quelques artistes dans le coin où j’habite, j’essaye de les amener vers ces choses-là. J’ai quand même installé une instance Mastodon et PeerTube et mon instance Mastodon est sur invitation. L’idée c’est d’avoir des gens du coin, parce que sur Mastodon on a une vision globale du réseau fédéré, mais on peut aussi avoir une vision locale.

    Frédéric Couchet : Tout à fait

    Emmanuel Revah : Ça peut être intéressant pour lier la vie locale.

    Frédéric Couchet : Ça permet de lier la vie locale, mais ça permet aussi de lier des vies par rapport à leurs centres d’intérêt donc de ne pas être soumis à la censure d’une seule entreprise qui est, en l’occurrence, Twitter.
    Dernière question parce qu’après on va faire la pause musicale, je crois que tu fais aussi ou tu as commencé à faire des conférences gesticulées.

    Emmanuel Revah : Oui.

    Frédéric Couchet : Est-ce que tu peux nous en dire deux mots ? Quel est l’objectif de ces conférences gesticulées ?

    Emmanuel Revah : L’objectif c’est justement de sensibiliser le grand public aux différents problématiques, notamment le truc un petit peu fait tourner ça s’appelle Le prix du gratuit. Au début j’ai développé cette conférence pour une association à Rennes. Ça a pour objectif de rendre plus transparent ce qui se passe derrière les géants du Web. On parle toujours de Facebook, Google et Apple, Amazon, machin, les GAFAM, mais en fait ça c’est la partie visible de l’iceberg et derrière il y a toutes les entreprises dont le grand public ne connaît pas le nom. L’idée c’est vraiment de lui montrer ça et de montrer comment on fait pour gagner des élections aux États-Unis ou en Angleterre, etc. Le côté caché de tout ça, ça touche un plus les gens ; c’est vraiment ça l’objectif.

    Frédéric Couchet : D’accord. On va rappeler qu’une conférence gesticulée ça mélange des savoirs chauds et des savoirs froids. Si des gens veulent t’inviter à faire une conférence, ils peuvent te contacter.

    Emmanuel Revah : Tout à fait.

    Frédéric Couchet : Sur Hoga.fr

    Emmanuel Revah : C’est ça. Exactement. Merci

    Frédéric Couchet : OK. Merci Emmanuel. C’était la chronique « Itsik Numérik » d’Emmanuel Revah ; son site hoga.fr, hoga avec un « h », h, o, g, a.
    On va faire une pause musicale.

    [Virgule musicale]

    Frédéric Couchet : Nous allons écouter Hill par Hungry Lucy. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune.

    Pause musicale : Hill par Hungry Lucy.

    Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Hill par Hungry Lucy, disponible sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions. Vous retrouverez les informations sur le site de l’April, april.org, et sur le site de la radio Cause Commune, causecommune.fm.

    Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause commune 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm.
    Nous allons passer maintenant au sujet principal de l’émission.

    [Virgule musicale]

    Interview de Catherine Dufour auteure du livre Ada ou la beauté des nombres

    Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre avec notre sujet principal qui va porter sur le livre intitulé Ada ou la beauté des nombres écrit par Catherine Dufour qui vient d’être publié chez Fayard.
    L’interview a été enregistrée il y a quelques jours et elle initie une nouvelle chronique on va dire ou un nouveau temps dans l’émission Libre à vous ! qui s'appelle « Livre à vous ». Le principe : on invite une personne ayant écrit un livre en lien avec nos sujets pour une interview dans l’émission et on lui propose une rencontre débat dédicace à la librairie de Magali Garnero, A Livr’Ouvert, qui se trouve dans le 11e arrondissement de Paris ; Le site c’est alivreouvert.fr.
    Aujourd’hui on va vous diffuser l’interview de Catherine Dufour et le 11 janvier 2020, de 16 heures à 18 heures 30 je crois, vous aurez la journée ou plutôt l’après-midi rencontre-dédicace avec Catherine Dufour.
    On écoute l’interview de Catherine Dufour et on se retrouve juste après.

    [Virgule de transition]

    Magali Garnero : Nous avons le plaisir d’avoir avec nous Catherine Dufour qui vient de publier chez Fayard un livre intitulé Ada ou la beauté des nombres, 245 pages pour 18 euros

    Catherine Dufour : Bonjour.

    Magali Garnero : Notre échange sera l’occasion de découvrir et d'en savoir plus sur Ada Lovelace, son véritable nom, que j’ai découvert, c’est Augusta Ada King, comtesse de Lovelace, je ne le savais pas avant. Elle est très connue parce qu’elle a réalisé le premier véritable programme informatique, à l’époque où les ordinateurs n’existaient pas encore, donc c’est quand même assez spécial. Je suis Magali Garnero alias Bookynette, administratrice de l'April et libraire dans la librairie A livr’Ouvert. Bonjour Catherine.

    Catherine Dufour : Bonjour.

    Magali Garnero : Nous te recevons parce que tu as publié un livre, mais, en tant que libraire, je te connaissais déjà pour plein d'autres livres. Avant de rentrer dans Ada Lovelace, est-ce que tu pourrais nous dire deux mots, parce que tu as reçu des prix pour des livres de science-fiction. Je ne t'attendais pas du tout en science-fiction parce que là tu nous fais une biographie sur une femme qui est précurseur de l’informatique.

    Catherine Dufour : Oui. J'ai commencé par publier de la fantaisie drôlatique librement inspirée de Terry Pratchett et de Douglas Adam, Le Guide du voyageur galactique, Monty Python, tout ça. Blanche Neige et les Lance-missiles c'était mon premier livre publié en 2001 qui a d'ailleurs eu le prix Merlin, ça ne marchait pas mal. Ensuite, j'ai croisé aux Utopiales un homme venimeux qui m'a dit : « C'est bien tes petits bouquins de fantastique, quand est-ce que tu nous fais un vrai livre ? » J'étais très vexée, j’ai décidé de faire un livre de science-fiction super sérieux, super sordide, Le Goût de l'immortalité et effectivement ça a beaucoup plu aux hommes et, du coup, il a eu plein de prix, le Rosny aîné, le grand prix de l'Imaginaire, le prix du Lundi, le prix Bob-Morane, etc. Ça c'était en 2006. Donc j'ai fait comme ça quelques livres de science-fiction et, au début des années 2010, mon fils qui avait alors dix ans m'a dit : « Maman, Napoléon c'est avant ou après Charlemagne ? » J'ai fait comme la poule, j’ai fait « cot », parce que j'étais horrifiée et j'ai pondu un livre que j'ai d'ailleurs écrit avec mon fils qui s’appelle L'Histoire de France pour ceux qui n'aiment pas ça. Comme c'était plutôt de la littérature générale et pas de la littérature de genre, je l’ai envoyé par la poste chez Fayard qui a dit : « Super, on vous publie » et depuis je suis chez Fayard où je viens de sortir une biographie d'Ada Lovelace. Je suis aussi chez l'Atalante où j'ai sorti Entends la nuit qui est du fantastique urbain et Danse avec les lutins qui est de la fantasy fantaisie politique.

    Magali Garnero : J'ai aussi cru voir que tu avais fait une petite nouvelle chez La Volte. Non ?

    Catherine Dufour : Oui, je suis aussi une nouvelliste et l'année prochaine je vais sortir un recueil de nouvelles, essentiellement de la science-fiction, chez Le Bélial.

    Magali Garnero : C’est vraiment assez surprenant comme parcours d'auteur, de passer justement de la science-fiction à des romans sur l'histoire et maintenant Ada Lovelace, Ada Lovelace qui nous intéresse particulièrement puisque, dans le monde de l'informatique, il y a un langage qui s'appelle le langage Ada.

    Catherine Dufour : Tout à fait.

    Magali Garnero : Avant de rentrer plus dans les détails, est-ce que tu pourrais nous parler de Ada Lovelace, de ses parents – j'étais extrêmement étonnée de savoir que je connaissais son père – et ensuite nous parler un peu de son enfance ? Déjà le papa.

    Catherine Dufour : Ada Lovelace, Ada King, comtesse Lovelace, est née Byron. On le connaît moins maintenant mais lord Byron est né en 1788 et c'était vraiment la rock-star de l'époque. À 25 ans il a écrit un poème un peu plaintif qui s’appelle Childe Harold's Pilgrimage et ça l'a rendu célébrissime du jour au lendemain. Vous imaginez un homme de 25 ans, il est beau, il est riche, il est célèbre, il est talentueux. C'était aussi un serial fucker, il couchait absolument partout, avec absolument tout et n'importe quoi, avec des femmes, avec des hommes, avec sa sœur aussi et, dans l'Angleterre qui commençait à devenir puritaine, Victoria n’était pas loin, c'était un scandale croissant. Le scandale à l'époque, le can't, c'est-à-dire le Twitter de l'époque – can't est un terme anglais qui veut dire « non, tu ne peux pas faire ça » – le can't anglais commençait à s'intéresser de près aux mœurs de lord Byron et c'était comme sur Twitter : vous pouviez vous prendre une shitstorm sauf qu'à l'époque, quand vous étiez par exemple soupçonné d'homosexualité, la foule se jetait sur vous, vous barbouillait de purin et vous clouait au pilori ; vous risquiez vraiment d’être lynché.
    Pour allumer un contre-feu, Byron a fait comme Michael Jackson, il s'est marié avec une jeune femme de bon lieu. Il a choisi cette jeune femme parmi les riches héritières, elle s’appelait Annabella Milbanke, elle était très sérieuse, très pieuse et très mathématicienne, il la surnommait « la princesse des parallélogrammes ». Ils se sont mariés, lui l'a épousée un peu contraint et forcé – il était à l'époque fou amoureux de sa demi-sœur et de quelques enfants de chœur. Le mariage n'a pas fonctionné une seule seconde, Byron était absolument odieux, en plus il était ruiné, il avait les huissiers aux fesses, du coup il prenait de l'opium et il buvait comme un tas de sable, ça le rendait irritable, bref ! Au bout d'un an Annabella Byron a accouché d'une petite fille qu'elle a prénommé Augusta Ada, elle a sauté sur sa valise, elle est rentrée chez ses parents et Ada n'a donc jamais vu son père qui a quitté l'Angleterre très peu de temps après et qui n'est jamais revenu en Angleterre, il est allé mourir en Grèce à Missolonghi. Il est devenu une figure extrêmement célèbre de poète maudit, c'est l'un des poètes les plus célèbres de l'Angleterre sachant que l’Angleterre a très rapidement jeté un voile pudique sur ses exploits sexuels pour ne garder que la beauté de sa poésie.

    Ada a grandi comme ça avec une mère célibataire un peu traumatisée par le traitement qu'elle avait subi. Elle a reporté, malheureusement, ce traumatisme sur sa fille. De toute façon, à l'époque, être un enfant était sordide. Au début du 19e siècle c'était ce qu'on appelait la pédagogie noire, vous la retrouverez dans Les Malheurs de Sophie. Globalement on estimait que la douceur et la tendresse ce n'était pas bon pour les enfants et on estimait aussi que l'eau ce n’était pas bon, ni à boire ni pour se laver. On estimait aussi que, pour les enfants, il ne fallait pas de soleil, il ne fallait pas d'activité physique, il ne fallait pas de légumes, il ne fallait pas de fruits, donc les gamins étaient carencés, ils arrivaient à l'âge adulte dans un état de santé déplorable. La seule chance d'Ada c'est que sa mère était quand même une vraie lettrée et, du coup, elle a offert à sa fille une éducation assez poussée en tout, surtout en science et surtout pas en poésie.

    Magali Garnero : C’est étonnant !

    Catherine Dufour : Pas étonnant ! Non. Donc Ada Lovelace est arrivée à 17 ans avec des problèmes de santé qui ne l'ont absolument jamais quittée, dus à son éducation épouvantable et dus au fait qu'il n'y avait pas de vaccins, donc elle a attrapé la rougeole à 13 ans ; ça l'a mise deux ans sur le flanc ; elle a chopé une des conséquences de la rougeole qui est l’encéphalopathie, bref ! elle n'a jamais eu la santé. Elle est arrivée à 17 ans et on a fait comme pour toute jeune fille de bonne famille, on l'a emmenée à la cour pour qu'elle se trouve un mari, en gros c'est ce qu'on appelait la saison mondaine : on entrait dans le monde à 17 ans et puis on vous promenait de bal en bal jusqu'à ce que vous trouviez un mari.
    Elle a trouvé effectivement lord King qu'elle a épousé et elle lui a fait les trois enfants réglementaires, notamment les deux fils, ce qu'on appelait l'héritier et la pièce de rechange. Comme elle s'ennuyait terriblement dans cette vie de potiche, elle a décidé de se désennuyer en faisant des sciences parce qu'il n'était pas question qu'elle fasse de la poésie. Elle a écrit à un ami de sa mère, le docteur King, rien à voir avec son mari, qui lui a dit : « Oui, vous avez raison, faites des mathématiques, c’est excellent pour lutter contre les pulsions sexuelles qui mènent au crime, à la débauche et à la misère ». Donc elle a fait des mathématiques et elle a réussi, pas toute seule dans son coin, aidée quand même par quelques professeurs à distance, même si elle travaillait toute seule sur ses livres de maths, par se hisser à un niveau suffisant pour comprendre l'invention d'un petit génie nommé Babbage.

    Magali Garnero : Avant de parler de Babbage puisque c’est surtout ça qui va nous intéresser, elle a beaucoup voyagé avec sa mère. Tu dis qu’elle a fait des voyages, elle est partie en Europe, sa santé s'est améliorée, peut-être justement parce qu’il y avait moins de saignées, moins de diètes alimentaires et ainsi de suite donc tout de suite le corps respire et effectivement, c’est avec les voyages avec sa mère, donc avant son mariage, qu'elle rencontre des mathématiciens comme Somerville, Mary Fairfax Somerville et là j'étais contente, c'était une femme, et puis Morgan qui va devenir un de ses professeurs et effectivement Charles Babbage. Est-ce qu'on pourrait déjà parler un peu de qui est Somerville, qui est cette Mary Fairfax Somerville ?

    Catherine Dufour : En fait, je ne pense qu'elle l'ait rencontrée parce qu'elle a voyagé entre dix et douze ans en Europe. Effectivement sa santé s'est améliorée. Je suppose que c’est tout simplement parce qu'on l'a sortie et elle a dû s'alimenter à peu près correctement. C'était une petite fille très curieuse, elle s'intéressait par exemple au vol. Elle disséquait aux oiseaux morts, elle a écrit un traité de « Flyologie », elle rêvait d'avions à vapeur. Elle était, en ça, beaucoup dans son époque qui était une époque de découvertes scientifiques assez ébouriffantes. Toutes les disciplines étaient mélangées, on ne faisait pas vraiment la différence entre le fait de faire tourner des tables et le fait de faire des recherches en sciences physiques ; c'était une époque assez exaltante pour tous les petits génies et les petits inventeurs en herbe.
    Ensuite, dans le milieu de sa mère, sa mère appartenait au monde, elle se piquait quand même un peu de science, d'intellect, en gros les intellos de l'époque, donc dans le milieu de sa mère elle a effectivement rencontré les amis de sa mère et parmi eux un certain nombre d'hommes de science et de femmes de science. La plus connue c’est effectivement Mary Somerville. On va dire, en gros, au niveau générationnel que ce n'est pas du tout la génération d'Ada, c'est plutôt celle de sa mère, même de la grande sœur de sa mère parce qu'elle est née au début des années 1780.
    Mary Somerville n'a jamais eu de chance parce qu'elle est venue monde avec un père qui n'était pas souvent là et la famille était très pauvre ; ça ne la gênait pas elle gambadait dans les champs. Son père est rentré, il a trouvé que c'était vraiment une petite sauvageonne, donc il lui a interdit de gambader, il l'a envoyée dans une espèce d'abominable couvent, école pour filles qui était une véritable école de torture, on vous enfermait dans ces corsets pour que vous vous teniez droite et on vous obligeait à apprendre le dictionnaire par cœur. Du coup elle a arrêté de gambader, elle s'est mise aux livres puisqu'on le voulait. Elle a adoré les livres. Son père a encore râlé en disant que ceci était unladylike, pas digne d'une lady.

    Magali Garnero : C'est un mot que j'ai découvert, unladylike.

    Catherine Dufour : Tout ce qu'aimait Mary Somerville, Mary Fairfax à l'époque, était unladylike et elle trouvait ça bien injuste. On lui confisquait ses livres ; ce n'est pas grave, elle révisait son Euclide de mémoire, la nuit ; alors on lui confisquait ses chandelles, elle révisait son Euclide de mémoire dans le noir. Bref ! Elle a bien du mérite, elle était absolument surdouée, elle écoutait à la porte les leçons que prenaient ses frères. Elle s'est débrouillée pour devenir ce qu’on appelait une polymathe, c'est-à-dire un puits de science, l'équivalent des humanistes du 16e siècle, quelqu'un qui s'y connaît vraiment bien en pas mal de disciplines. Et puis elle a épousé monsieur Samuel Greig, enfin bref ! Elle a épousé son premier mari qui n'aimait pas les bas-bleus, c'était manque de chance ! Heureusement il est mort assez rapidement et elle a pu se remarier avec un Somerville qui lui était très favorable aux bas-bleus et qui emmenait sa femme visiter tous les scientifiques d'Europe : le très célèbre Laplace, le très célèbre Poisson. Elle s'est très bien entendue avec eux, elle a commencé à publier des livres scientifiques qui ont eu un réel succès et d'ailleurs comme son mari, je ne sais pas comment il s'est débrouillé, il s’est ruiné – à cette époque les hommes avaient une nette tendance à se ruiner facilement – c'était elle qui entretenait la famille grâce à ses œuvres, grâce à ses écrits, et elle a fait partie des professeurs qui ont appris à Ada à accéder à un niveau mathématique suffisant.

    Magali Garnero : En fait, elle a eu l'intelligence de se mettre dans le moule qu'on attendait des femmes tout en pouvant étudier et partager ses connaissances scientifiques. C’est un bel exemple finalement pour Ada.

    Catherine Dufour : C'est un bel exemple. C'est un exemple triste, dès que quelqu'un entrait dans la pièce Mary Somerville cachait ses livres et ses feuilles sous un oreiller, sous un coussin, et ce n'était pas pour rien. Si vous faisiez des choses unladylike vous étiez jetée à la porte du monde c'est-à-dire avec rien, globalement avec des compétences en révérence et l’interdiction de travailler ; il n'y avait aucune carrière ouverte aux femmes, donc il ne s'agissait pas de rire avec ça, ce n'était pas uniquement par pudeur, c'était tout simplement pour conserver des moyens de vivre en ce monde. Sous des dehors un petit peu souriants, ces histoires de ladylikeness et unladylikeness étaient très cruelles et une des maîtresses de Byron, Claire Clairmont qui a eu un comportement unladylike puisqu'elle a couché avec Byron sans être marié avec lui, elle a même eu un enfant, elle a été jetée sur le pavé avec des compétences en révérence et elle s'est retrouvée vraiment à crever de faim.

    Magali Garnero : Tu parles d'une autre personne qui a été jetée du monde et qui trouve que c'était une grande liberté mais qui n’a pas due être facile à vivre tous les jours j’imagine.

    Catherine Dufour : Oui, Harriet Martineau, même époque que Mary Somerville et elle, sa famille a fait faillite. Là, quand votre famille faisait faillite vous étiez jetée du monde et elle a dit : « Mais c'est génial ça m'a donné la liberté ». Yourcenar aussi a fait faillite au moment de la crise de 29 et elle a dit : « Ce crack aux trois quarts complet m'a rendue à moi-même ». Il y a une certaine prison dans le fait d'avoir de l'argent en échange d'être obligée de vivre dans un milieu qui exige de vous en permanence une représentation, recevoir, faire des visites. Mary Somerville était assez snob ; Ada aussi, c'était des femmes qui tenaient à leur façade sociale et ma foi, pourquoi pas !

    Magali Garnero : Pourquoi pas si c'est un choix.
    Dans les autres personnes qui ont croisé la route de Ada, on parle de Charles Babbage. Il va apparaître plusieurs fois dans sa vie, il va apparaître quand elle est avec sa mère, qu'elle le rencontre et qu’il lui présente son moteur à différence. C’est quoi un moteur à différence ?

    Catherine Dufour : Charles Babbage, plutôt génération de Anabella et Byron, donc plutôt génération avant celle d'Ada, lui c'est un mathématicien tout à fait génial, un touche-à-tout de génie : il faisait des découvertes fabuleuses et hop ! il changeait de domaine. Il était agacé parce qu'à chaque fois qu'il voulait travailler en mathématiques il tombait sur des fautes de calcul, parce qu’à l'époque il n’y avait pas de calculette, donc il fallait tout faire de mémoire, il fallait tout faire à la main ou il fallait utiliser des tables et les tables étaient pleines d'erreurs parce qu'elles étaient calculées à la main. Donc un jour il s’est dit « pourquoi on ne peut pas calculer ces tables à la vapeur, c'est-à-dire sans erreur ? » Un de ses copains lui a dit : « C’est parfaitement faisable » et, à ce moment-là, Babbage est tombé dans la marmite du calculateur, il a décidé d’inventer un gigantesque calculateur qu'on appelait un moteur à différence. C'était un engine, alors je ne sais pas, on peut appeler ça « engin » ou « moteur » et malgré son nom, en fait, cette machine ne faisait que des additions, mais ça permettait de résoudre à peu près tous les calculs qu'on avait besoin de faire avec, comme but ultime, d’obtenir des belles tables de logarithmes, de multiplications, des tables de tir, des tables d’assurance, dénuées de toute erreur humaine.
    Babbage avait besoin de sous pour construire sa machine. À l'époque, quand on avait besoin de sous, qu'est-ce qu'on faisait ? On organisait des belles fêtes – il avait une belle maison à Londres – et on invitait des gens de la haute en espérant qu'ils mettraient la main au porte-monnaie ; c'était une forme de mécénat. Dans ces grandes fêtes où il invitait le tout Londres — il y avait parfois jusqu'à 300 personnes à ces soirées où, il faut le dire, les gens venaient pour goûter à ses sorbets qui, paraît-il, étaient excellents et enduraient probablement avec patience la démonstration du prototype de moteur à différence que montrait Babbage — il est tombé une fois sur une petite jeune fille de 17 ans qui a compris ce qu'il voulait faire, qui a trouvé cette machine absolument merveilleuse et qui lui a emprunté des plans. C'était effectivement Ada qui à l'époque s'appelait encore Ada Byron. Puis Ada est allée se marier, elle est allée faire ses enfants, puis elle a étudié les mathématiques et, à l’âge de 25 ans, elle a estimé qu'elle en savait suffisamment et elle a décidé de se lancer dans une carrière scientifique.
    À l'époque, quand on voulait se lancer dans une carrière scientifique, la première chose à faire, Babbage l'avait fait, Morgan l'avait fait, Mary Somerville l'avait fait, c'était de traduire des articles scientifiques. Les scientifiques publiaient dans tous les pays, globalement la langue véhiculaire scientifique c'était le français mais tout le monde ne publiait pas forcément en français, donc c'était de bon goût de traduire l’article de quelqu'un d'autre dans une langue ou dans une autre, Ada parlait très couramment au moins l'allemand et le français, donc on commençait par ça. Babbage était allé donner une conférence sur son moteur en Italie et il y avait un ingénieur italien, Menabrea, qui a écouté la conférence ; il a trouvé la conférence très intéressante et il a fait un article sur le moteur à différence en français.
    Babbage a dit à Ada : « Si vous voulez commencer, commencez par là, vous me traduisez cet article en anglais ». Elle l’a fait, elle l'a rendu à Babbage. Il lui a dit : « Vous n'avez pas mis une seule note alors que vous connaissez très bien mon moteur ? » Là Ada a dit : « Mais bien sûr ! », et elle a rendu un article qui faisait trois fois le volume de l'article initial avec ses notes dedans, qui est paru dans une revue anglaise prestigieuse et c'est ce qui nous reste comme trace du travail scientifique d’Ada. C'est vraiment l'acmé de sa carrière puisqu’après elle est morte très vite, c’est l'acmé de sa carrière, c'est ce fameux Sketch of The Analytical Engine, d'ailleurs ce n'était pas sur le moteur à différence c'était sur le moteur suivant. Parce qu'une fois qu'il a eu l'idée de son moteur à différence, Babbage s’est dit « la différence ça fait quand même vraiment trop 1830 », on était en 1834, « maintenant on va plutôt faire un moteur analytique ». Un moteur analytique est un moteur qui était censé résoudre absolument toutes les équations et je propose qu'on parle de ce merveilleux moteur analytique après la pause musicale

    Magali Garnero : Exactement, Nous allons écouter Yesterday par Kellee Maize qui est disponible sous licence libre Creative Commons BY SA.

    Pause musicale : Yesterday par Kellee Maize.

    Voix off : Cause Commune 93.1

    Magali Garnero : Toujours sur Cause Commune. Nous venons d'écouter Yesterday par Kellee Maize. Vous retrouverez les références sur le site de l'April, april.org, et sur le site de la radio, causecommune.fm.

    Vous écoutez toujours l'émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm.
    Donc tu parlais du moteur analytique, du calculateur analytique ?

    Catherine Dufour : Voilà. Après avoir fait son moteur à différence, Babbage a décidé de faire un moteur analytique qui, lui, ne se contenterait pas de faire des additions, des soustractions, etc., mais pourrait résoudre toutes les équations.

    Magali Garnero : Génial !

    Catherine Dufour : C'est génial ! Grosse failure, il n'a jamais réussi à le construire d'abord parce que la machine devait faire 25 000 pièces, ce qui n'est pas rien à usiner. Ensuite, comme c'était un savant fou, il n’arrêtait pas de modifier ses plans, autant dire que le pauvre ingénieur qui devait usiner ces pièces avait vraiment les cheveux qui fumaient et enfin parce que Babbage avait une vraie caractéristique, une vraie qualité, des compétences pour se brouiller avec tout le monde et notamment avec les gens dont il avait besoin. Donc il va se brouiller avec son ingénieur, il va se brouiller avec le gouvernement qui, quand même, finançait son moteur. Le gouvernement lui a d'abord donné 1700 livres ce qui était quand même une somme colossale, à l’époque un manœuvre gagnait 25 livres par an et, en 20 ans, Babbage va obtenir dix fois plus, c’était à peu près le prix de deux navires de guerre et le chef du gouvernement, au bout de ces 20 ans, a dit : « Nous n’avons obtenu pour nos 17 000 livres que les récriminations de monsieur Babbage ». Babbage râlait tout le temps, c’était vraiment l’œuvre de sa vie. Donc il n’arrivera jamais à construire ses moteurs à différence et il mourra plein d’aigreur après avoir mené des campagnes offensives contre les enfants qui jouent au cerceau dans la rue ou les joueurs d’orgue de Barbarie. C’est quelqu’un qui va malheureusement se confire dans le vinaigre.

    Magali Garnero : Il n’aimait pas le bruit sonore. D’ailleurs, avec Ada, ils ont du mal à publier l’article qu’elle a écrit sur son moteur.

    Catherine Dufour : Oui. Lui voulait publier cet article pour se faire mousser et avec un message de récriminations contre le gouvernement, bien sûr. Quant à Ada, elle, elle voulait publier cet article pour rentrer enfin dans la carrière scientifique ; il était hors de question qu’elle publie les récriminations de Babbage, donc ils se sont disputés. Ce n’est pas étonnant parce qu’ils avaient tous les deux un caractère assez abominable, mais Ada a eu l’intelligence de protester, de râler et de s’imposer, ce qui est très important parce que sinon Babbage se serait, avec une grande aisance, attribué son travail et elle a résisté. Là j’insiste beaucoup, auprès des femmes qui m’écoutent, de l’importance d’avoir un mauvais caractère pour lutter contre l’appropriation.

    Magali Garnero : En tout de ne pas se laisser faire pour ne pas se faire voler son travail. Finalement l’article est paru et là c’est la reconnaissance.

    Catherine Dufour : En fait, elle a effectivement une reconnaissance dans le milieu scientifique, tout à fait, je crois que c’est Faraday qui dit d’elle que c’est une étoile montante de la science. Il faut savoir que ces notes-là seront relues un siècle plus tard quand Aiken mettra au point un des premiers ordinateurs parce que, dans le monde scientifique, quand un scientifique se lance dans quelque chose, il a en général l’intelligence d’aller voir ce qui s’est fait avant sur le sujet. Donc c’est très important d’appartenir, pour un scientifique, à la culture scientifique.
    À la suite de cet article qui a eu un petit retentissement dans un petit milieu à l’époque, ce qui n’était pas rien, mais ça n’a pas été un raz-de-marée, la gloire et la célébrité pour Ada, Ada va continuer à travailler, à rédiger des notes pour des articles scientifiques, mais de façon vraiment congrue parce qu’elle aurait bien besoin d’avoir des partenaires, elle aurait besoin d’avoir accès à l’université, accès à des collègues, accès à des laboratoires, accès à de la documentation, même aller à la British Library – la Royal British Library était interdite aux femmes. Or, vous ne pouvez pas être scientifique tout seul dans votre coin, on avance toujours juché sur les épaules de ses prédécesseurs dans le domaine de la découverte scientifique.
    Donc la carrière d’Ada, scientifique en tout cas, va vraiment patiner d’autant plus que son mari, riche d’un héritage, va avoir l’idée étrange de se prendre pour un architecte Tudor et il va aller à la campagne se faire construire un, puis des châteaux Tudor très beaux, très inconfortables et Ada sera obligée de suivre. En plus, elle suivra avec ses trois enfants, et ses trois enfants à l’époque, là on est en 1845, l’article a été publié en 1843, commencent à passer les dix ans et à devenir des adolescents, donc il faut s’en occuper de près parce qu’ils ne sont pas forcément très commodes.
    Par là-dessus, sa réputation scientifique lui a permis d’avoir accès à un Andrew Crosse qui est un scientifique, qui fait des recherches notamment sur l’électrisation musculaire, donc elle va aller chez lui pour électriser des grenouilles, parce qu’elle a l’intention d’étudier les mécanismes cérébraux qui président aux découvertes et elle a dans l’idée qu’il y a un lien entre les muscles et l’activité cérébrale. Elle a vraiment des intuitions intéressantes, mais elle ne va pas pouvoir les mener à bien pour les raisons que je vous ai dites. Chez ce monsieur Crosse elle va rencontrer le fils de la famille.

    Magali Garnero : Le fameux John.

    Catherine Dufour : Voilà, et ça va être un petit peu l’homme de sa vie en ce sens qu’elle ne s’entend pas très bien avec son mari et qu'elle n’a pas eu beaucoup d’hommes dans sa vie, elle a eu au moins celui-là. La liaison, d'ailleurs, ne durera pas forcément, ça va durer peut-être deux ans avant que lui se trouve une épouse à son goût.
    Ensuite elle va découvrir les jeux de course parce que son mari a posé son château à East Horsley et East Horsley est à côté d’Epsom, donc Ada va découvrir les joies de la course et elle va tomber dans le jeu. Elle va essayer de faire des sous en jouant aux courses, tout simplement parce qu’elle touche un peu d’argent de poche, sa mère est très riche, son mari est très riche et elle a droit à vraiment de l’argent de poche.

    Magali Garnero : Pas grand-chose, tu dis 300 livres, par rapport à ce que les autres ont c’est ridicule.

    Catherine Dufour : 300 livres c’est énorme à l’époque mais sa mère en touche 7000 et son mari, en l’épousant, s’est mis 40 000 livres de dot dans la poche et ne veut pas lui reverser un centime.
    Ça l’agace d’être pauvre au milieu des riches et elle décide de jouer aux courses. Elle va essayer d’appliquer ses compétences en mathématiques aux jeux de course ; c’est un échec cruel, c’est toujours un échec cruel ce genre de choses quand on essaye de mettre les chevaux en équation. Finalement, à sa mort, sa mère va régler toutes ses dettes de jeu, 8000 livres quand même, c’est une vraie fortune. Finalement Ada a réussi à extorquer à sa radine famille la fortune qu’elle estimait mériter, de façon posthume, mais elle y est quand même arrivée !

    Magali Garnero : Petite vengeance !
    Pour revenir sur Ada, donc sur la traduction qu’elle a faite, traduction de l’article que l’Italien avait fait en français, elle le fait en anglais et puis ce sont surtout les notes, les fameuses notes qu’elle a écrites qui vont lui donner cette reconnaissance quelques années après. Il y a aussi autre chose que j’ai retenu dans ces notes, c’est qu’elle encourage les gens à faire des expériences chacun de son côté et à partager les résultats, comme si elle encourageait le travail collaboratif.

    Catherine Dufour : Ce n’est pas dans les notes de Sketch of the Analytical Engine qu’elle a fait cette remarque-là, mais effectivement elle a écrit un certain nombre de notes dans des articles scientifiques, notamment d’ailleurs rédigés par son mari qui devait être un peu jaloux de ce qu’avait fait sa femme.

    Magali Garnero : Il n’a pas hésité à s’attribuer son travail par contre !

    Catherine Dufour : Elle n’avait pas le droit de signer de son nom puisque c’était unladylike, elle signait AAL, Augusta Ada Lovelace. Elle a effectivement eu des intuitions assez géniales. D’abord, effectivement, que chacun mène des expériences de son côté et après mette le travail en commun, voilà une espèce de réseau collaboratif scientifique. Pour les observations elle a aussi eu l’idée d’utiliser la photographie qui était quand même une technologie toute neuve.

    Magali Garnero : Toute récente.

    Catherine Dufour : Voilà. Elle avait quelques bonnes idées, comme ça, mais ses meilleures idées, effectivement, elle les a exprimées dans les notes de l’article de Menabrea sur la machine de Babbage, donc de la note A à la note G, les deux les plus célèbres ce sont la note A et la note G. Dans la première, la note A, elle exprime une question qui est que l’engin analytique manie effectivement des chiffres, mais s’il ne maniait pas que des chiffres, s’il maniait aussi des symboles et pour tout dire, s’il maniait des données ? Autant Babbage était rivé sur la volonté d’obtenir des tables de logarithmes sans erreur, autant Ada a fait le saut conceptuel que n’a pas fait Babbage : elle a imaginé une machine maniant des données, des mots, des langages, des musiques. Donc là elle avait vraiment cent ans d’avance et elle a eu l’intuition de l’informatique.
    Dans la note G, elle a mis son intuition au propre. Elle a pris à bras-le-corps un problème mathématique que je vais pas expliquer maintenant parce qu’on n’y comprendrait rien. Ça s’appelle les chiffres de…

    Magali Garnero : De Bernoulli.

    Catherine Dufour : Les nombres de Bernoulli. Elle a rédigé la suite d’instructions qu’il faudrait donner à la machine analytique pour obtenir le résultat et, ce-faisant, elle a écrit le premier programme au monde. Sachant qu’à l’époque ils appelaient ça des diagrammes. Babbage avait déjà rédigé des diagrammes pour ses différentes machines, il avait lui-même repiqué cette idée de carte perforée aux machines à tisser Jacquard et le calculateur c’était déjà une idée de Pascal et de Leibnitz. Mais souvent c’est ça, une invention c’est quand même le mix de plusieurs cerveaux sur plusieurs années voire plusieurs siècles et puis ça finit par arriver à maturité.
    Dans la note G, Ada a inventé la première boucle itérative de données et c’est en ça qu’elle a été précurseure.
    Grace Hopper est celle qui a programmé le premier ordinateur. Un des premiers c’est le Mark 1, c’est Aiken, il en a eu l’idée en 1937 en voyant un prototype de la machine de Babbage et en lisant les notes d‘Ada Lovelace. Une fois la machine fabriquée, il faut la programmer, la première programmeuse de ce Mark 1 c’est Grace Hopper, et elle a dit, elle connaissait comme Aiken les notes de Ada Lovelace : « C’est Ada Lovelace qui a écrit la première boucle, je ne l’oublierai pas, aucun informaticien ne l’oubliera jamais ». Et comme ces deux-là travaillaient pendant la guerre pour l’US Navy, en 1978, quand le Department of Justice américain a décidé de se doter d’un langage un peu cohérent, parce que les langages avaient tendance à foisonner, c’est un informaticien de l’US Navy qui a proposé comme nom de langage Ada parce qu’il se souvenait justement de cette époque. Les informaticiens n’ont jamais oublié Ada finalement. Par contre elle a été très oubliée du grand public.
    Donc à partir de 1978, le nouveau langage du Department of Justice s’est appelé Ada, il est encore utilisé couramment le langage Ada, il a été orienté objet après, enfin bref ! C’est un langage qui est encore utilisé. Le Department of Justice a écrit à la famille Byron en disant « est-ce que vous nous donnez l’autorisation d’utiliser le nom Ada ? » et ils ont appelé leur standard militaire MS 1815, l’année de naissance de Ada. À partir de là, il y a des gens qui se sont dit « mais pourquoi Ada » et qui se sont intéressés à cette personnalité qui était vraiment une note de bas de page en bas des biographies de lord Byron. Il a commencé à avoir une reconnaissance petit à petit auprès du grand public de Ada Lovelace à partir des années 1980.

    Magali Garnero : Et là apparaît le Ada Lovelace Awards, le roman, le film et quelque chose qu’on fête régulièrement au mois d’octobre l’Ada Lovelace Day.

    Catherine Dufour : Le 9 octobre.

    Magali Garnero : Qui permet de permettre en avant les femmes.

    Catherine Dufour : Les codeuses.

    Magali Garnero : Les codeuses, voilà, les femmes de l’informatique. Et comme tu disais, le langage Ada est encore extrêmement utilisé. D’ailleurs je fais un petit coucou à l’association Ada-France qui, j’espère, nous écoute et avec qui on pourra organiser sûrement des évènements.
    Ada, malheureusement meurt assez rapidement après son article et, en plus, de manière assez douloureuse.

    Catherine Dufour : Elle meurt neuf ans après. Effectivement, en 1843, elle fait paraître son article, jusqu’en 1845 elle va quand même continuer à travailler, 1845-1848. Après elle part à la campagne, elle s’occupe de ses enfants, elle fait quand même l’amour avec John Crosse. Ensuite elle se ruine au jeu et, à partir de 1850, donc sept ans après l’article, elle va commencer à avoir des hémorragies et son médecin lui dit : « Mais non, ce n’est rien » et en fait c’est un cancer du col de l’utérus qui va se généraliser. Même si son médecin avait été bon ça n’aurait rien changé étant donné l’état de la médecine à l’époque. Je ne vous ai pas parlé de la médecine mais c’est une pure catastrophe. Déjà on vous soigne avec des médicaments, des potions faites maison qui contiennent, si possible, du mercure et de l’arsenic, on vous saigne, on vous purge et quand vraiment ça ne va pas on vous bourre d’opium.
    Les Anglais prenaient de l’opium à toute heure du jour et de la nuit, ça s’appelait du laudanum, c’était un mélange d’alcool et d’opium et on donnait ça absolument à tout le monde, on en donnait aux nourrissons de moins de cinq jours, c’était trois gouttes dans le biberon ; ces gens-là étaient vraiment drogués jusqu’aux yeux et à toute heure. Ada n’a pas échappé aux médications absurdes de son époque. À la fin elle souffrait tellement qu’elle prenait carrément du chloroforme pour arriver à dormir un petit peu. Son agonie a duré un an et c’est donc toute l’abjection d’un cancer en phase terminale quand on n’a pas ou peu de soins palliatifs et strictement accès à aucun traitement.

    Magali Garnero : C’est assez tragique. Du coup elle reprend contact avec sa mère qui va totalement l’isoler.

    Catherine Dufour : Non, elle ne reprend pas contact ; elle s’est brouillée avec sa mère parce que, il faut le dire, sa mère est assez casse-pieds ça ne se passe très bien entre elles. Sa mère veut la revoir et Ada, tant qu’elle restera lucide, opposera une fin de non-recevoir, elle a l’habitude que sa mère soit un petit peu tannante. Et puis, à un moment, elle a probablement des métastases au cerveau parce qu’elle a un œil qui dit merde à l’autre, elle a du mal à parler, elle est très mal en point et sa mère, effectivement, va forcer la porte et va venir dans les deux-trois derniers mois assister sa fille sur son lit de mort en faisant les choses à sa façon. Sa mère était une casse-pied. Annabella Milbanke a donc mis à la porte tous les gens qui ne lui plaisaient pas, c’est-à-dire tous les amis de sa fille, et elle y a installé ses prédicateurs à elle. Je ne pense pas que ça aurait changé grand-chose pour Ada qui, à l’époque, était déjà au-delà de tout secours.

    Magali Garnero : Par contre sa mère, après sa mort, va faire des choses assez originales et assez bénéfiques. Ça m’a surpris de voir les bonnes œuvres, la manière dont elle élève ses petits-enfants. Je ne m’attendais pas à ça pour une femme qui avait l’air assez casse-pieds, assez intrusive au début du livre et qui, finalement, est presque est presque libérée. Je ne sais pas comment expliquer ça.

    Catherine Dufour : Il y a des mères abusives qui sont des grands-mères charmantes ne serait-ce que pour emmerder leur fille ! Effectivement c’est une femme qui était très impliquée, notamment contre une loi scélérate qui était sortie aux États-Unis qui favorisait l’esclavage, donc elle va effectivement accueillir des esclaves en fuite et elle va beaucoup s’impliquer. Ça se faisait beaucoup dans la bonne société de faire dans les bonnes œuvres, mais elle, effectivement, avait un côté social très accusé, très affirmé, qui est tout à son honneur. De toute façon, n’importe qui a ses bons et ses mauvais côtés, aussi bien Ada que sa mère que Babbage et les autres. Je pense qu’elle était certainement meilleure comme militante et comme grand-mère que comme mère ou comme épouse. Là ce n’est vraiment pas de sa faute, c’était lord Byron qui était un époux épouvantable.

    Magali Garnero : Du coup ma dernière et petite question : pourquoi Ada Lovelace ? Pourquoi cette biographie sur cette femme-là ?

    Catherine Dufour : C’est mon éditrice, Sandrine Palussière, qui a effectivement pioché dans un livre que j’avais écrit avant qui est le Guide des métiers pour les petites filles qui ne veulent pas finir princesses où j’avais une petite bio d’Ada Lovelace et qui m’a dit : « C’est quand même bizarre que cette femme qui a écrit le premier programme informatique au monde on ne la connaisse pas ». J’ai regardé. Il n’y a pas de bio d’Ada en français. Autant dans les pays anglo-saxons il y en beaucoup, autant dans les milieux informatiques il n’y a aucun problème, au CNRS il y a deux calculateurs, il y a le Turing et il y a l’ADA, autant au niveau du grand public en France il n’y avait rien, à part une traduction de 1985, bref ! Donc j’ai décidé de combler ce manque, cette lacune. Souvent on écrit les livres qui nous paraissent manquer.

    Magali Garnero : J’ai beaucoup aimé toutes les références de livres que tu donnes au fur et à mesure de tes citations, puisque, du coup, ça nous donne encore envie de découvrir plus et d’autres auteurs. Je voulais te remercier d’avoir répondu à mon interview.

    Catherine Dufour : C’est moi.

    Magali Garnero : Nous étions avec Catherine Dufour pour son livre Ada ou la beauté des nombres disponible chez Fayard.
    Merci Catherine pour ta présence et belle soirée à tous. Au revoir.

    Catherine Dufour : Au revoir.

    [Virgule de transition]

    Frédéric Couchet : Nous avons écouté l’interview de Catherine Dufour sur le livre Ada ou la beauté des nombres publié chez Fayard. Comme je vous l’ai dit avant l’interview, Catherine Dufour sera l’invitée de Magali Garnero à la librairie A livr’Ouvert dans le 11e arrondissement de Paris, 171 bis boulevard Voltaire, le 11 janvier 2020 de 16 heures à 18 heures 30. Vous pourrez rencontrer Catherine Dufour, échanger avec elle et vous faire dédicacer son livre.
    Dans le cadre de l‘interview, Catherine Dufour a expliqué qu’Ada Lovelace a écrit la première boucle. On peut se poser la question : c’est quoi une boucle ? Dans un programme, comme dans la vie quotidienne, il faut parfois faire des opérations répétitives, par exemple, si vous vous entraînez à la course à pied, vous devez faire cinq fois le tour du parc ou, en cuisine, si vous mélangez les œufs et le sucre jusqu’à obtenir un mélange mousseux jaune pastel, donc il faut faire une boucle, c’est une répétition d’instructions, quelque part, avec une condition de fin de répétitions ou de continuation de répétitions. Quand la condition de fin est remplie les instructions s’arrêtent. C’est un petit peu une explication succincte de ce qu’est une boucle.

    En tout cas je vous encourage à lire le livre de Catherine Dufour publié aux Éditions Fayard Ada ou la beauté des nombres et vous retrouverez Catherine Dufour le 11 janvier 2020 à la librairie A Livr’Ouvert à Paris.

    Frédéric Couchet : On va faire une pause musicale. Nous allons écouter Infinity par Lemmino. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune.

    Pause musicale : Infinity par Lemmino.

    Voix off : Cause Commune 93.1

    Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Infinity par Lemmino, disponible sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org, et sur le site de la radio, causecommune.fm.

    Vous écoutez l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm
    Nous allons passer au sujet suivant.

    [Virgule musicale]

    Interview de Romain Pierronnet pour l'événement Le Libre sur la Place à Nancy le 26 novembre 2019

    Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre avec l’interview de Romain Pierronnet pour l’évènement Le Libre sur la Place qui se tient à Nancy le 26 novembre 2019. Normalement Romain Pierronnet est avec nous par téléphone. Est-ce que vous êtes là ?

    Romain Pierronnet : Oui je suis là. Bonsoir.

    Frédéric Couchet : Bonsoir. Romain Pierronnet vous êtes adjoint au maire délégué à l’éducation, aux écoles et à la ville numérique de la ville de Nancy, c’est bien ça ?

    Romain Pierronnet : Exactement. Vous avez le bon Romain Pierronnet.

    Frédéric Couchet : OK. Super. Le Libre sur la place se déroule à Nancy le 26 novembre 2019. Expliquez-nous ce qu’est cet évènement. Pourquoi la ville de Nancy organise un tel évènement ? À qui il s’adresse ? Dites-nous en plus.

    Romain Pierronnet : C’est la quatrième fois qu’on organise un évènement sur le thème du logiciel libre, puisque c’est bien de ça dont il s’agit, et on profite de la Semaine de l’Innovation publique pour le faire puisqu’à la ville de Nancy depuis 2014, et je vais y revenir après, on considère que le Libre est un vrai vecteur de transformation du service public en général et des collectivités locales en particulier.
    J’évoquais 2014. En fait, à l’époque, on était évidemment au début du mandat municipal du maire actuel Laurent Hénart et, au moment des élections, le maire avait pris l’engagement au travers d’une charte proposée par l’April, de privilégier le recours aux logiciels libres pour les systèmes d’information et les outils numériques de la ville et il ne s’est pas contenté d'en prendre l'engagement, il a défendu concrètement l’idée que l’open source avait du sens dans le monde public. Cet engagement se traduit non seulement avec des choix concrets de solutions libres pour le service public à Nancy, mais aussi au travers d’une démarche de promotion de cette idée qui s’incarne avec cette journée du 26 novembre, puisque l’idée c’est de faire venir d’autres collectivités, d’autres acteurs du secteur public, pour montrer que non seulement le Libre dans le secteur public c’est souhaitable, mais, en plus, c’est possible et ça fonctionne très bien. Donc ça fait du coup la quatrième année qu’on organise cette journée et on va encore poursuivre cette réflexion cette année.

    Frédéric Couchet : En tout cas c’est très satisfaisant pour tout le monde de voir que le Pacte signé il y a quatre ans, le Pacte du Logiciel Libre, des maires le signent et mettent en œuvre les engagements en faveur du logiciel libre. On peut féliciter la ville de Nancy, son maire et évidemment l’adjoint en charge du numérique. Je précise que, dans l’actualité, il y a aussi le Territoire Numérique Libre qui récompense les collectivités qui mettent en œuvre des actions en faveur d’une politique publique en faveur du logiciel libre, dont les résultats de l’édition 2019 seront connus demain dans le cadre du Salon des Maires et je crois, si je me souviens bien, que Nancy avait eu l’an dernier un label 4 sur 5 niveaux possibles, sur le label Territoire Numérique Libre. C’est bien ça ?

    Romain Pierronnet : Tout à fait. Nous attendons fiévreusement le résultat de l’édition de cette année sachant qu’évidemment on a encore fait quelques progrès depuis l’année dernière. De toute façon plus ça marche, plus ça avance, plus on est persuadés que ça a du sens et qu’il faut continuer dans cette voie-là. C’est aussi pour ça qu’on cherche à faire connaître, parce que souvent ce qu’on a en tête au sujet du logiciel libre, c’est la gratuité. Évidemment, quand on creuse on se rend compte que c’est plus compliqué que ça et que faire du Libre ça ne veut pas forcément dire faire du gratuit. La preuve c’est que nous on a investi des moyens et de l’argent dans le logiciel libre. Moi je préfère parler d’une mutualisation intelligente puisqu’à Nancy, quand on utilise, par exemple, un logiciel de gestion électronique du courrier, on utilise une version qui a été développée grâce à l’investissement d’autres collectivités auparavant et le déploiement tel qu’il se fait à Nancy va permettre de financer d’autres développements pour d’autres collectivités par la suite, donc c’est une façon de faire qui est intelligente.
    Au-delà de la question des sous, si je puis dire, on sent aussi avec les prestataires avec lesquels on travaille qu’il y a un autre rapport entre la collectivité et l’entreprise qui est chargée d’assurer le déploiement, un rapport qui est plus constructif, qui laisse davantage de place à l’expertise et à l’engagement des agents et ça me parait d’autant plus essentiel qu’on sait bien que souvent la représentation qu’il y a autour du logiciel libre est toujours un peu méfiante, on se dit que ce n’est pas propriétaire donc forcément ça marche moins bien. Moi j’ai envie de dire que c’est exactement le contraire qui se passe, on est dans une autre approche du déploiement de ces solutions et, du coup, ça marche mieux parce qu’on laisse plus de place à l’intelligence des agents, aux fonctionnaires et à l’expertise des métiers. Donc les solutions sont évolutives, elles s’adaptent mieux à la fois aux besoins des citoyens et des fonctionnaires et c’est le service public qui y gagne aussi bien en interne qu’à l’externe. Nous on défend vraiment cette logique-là et on va le faire encore le 26 novembre.

    Frédéric Couchet : C’est super. Donc le 26 novembre c’est une journée qui est orientée, comme vous le dites, collectivités publiques et logiciel libre. Quels sont les temps forts de la journée, les principaux, les choses que vous aimeriez mettre en valeur ?

    Romain Pierronnet : On a quatre temps dans cette journée.
    Je passe sur l’ouverture, ce sont les discours protocolaires, on a l’habitude. Mais on va ouvrir la journée avec trois retours d’expérience qui vont contribuer à montrer que le logiciel libre c’est souhaitable et que ça fonctionne et à différentes échelles. On va avoir un témoignage de la Gendarmerie nationale dont chacun sait qu’elle a une expérience intéressante en la matière et puis deux collectivités de tailles diverses : on a une petite ville qui s’appelle Billy-Berclau, qui est une ville du Nord-Pas-de-Calais et l’agglomération de Nevers. Elles viendront nous expliquer les initiatives qui ont pu être prises au travers du logiciel libre. Ça c’est le temps d’ouverture de la journée qui est plutôt un temps grand public.
    Ensuite on enchaînera sur ce qu’on a choisi d’appeler un Forum des initiatives qui est en fait un petit village de stands lors duquel des acteurs du monde du Libre pour le secteur public et les collectivités en particulier pourront présenter leurs succès, leurs initiatives et avoir des temps d’échange en direct avec des habitants ou avec des professionnels.
    L’après midi on rentrera sur les choses peut-être un peu plus liées aux métiers du secteur public avec des enjeux de dématérialisation comme le registre électoral unique puisque là on est un peu dans une période de préparatifs d’élections municipales qui nécessite de recenser des processus et des outils dans les collectivités. On discutera aussi des expertises et des expériences en matière de dématérialisation du courrier, ce qui nous permet de gagner du temps et de l’efficacité dans le service public. Il y a aujourd’hui des solutions libres qui permettent de faire ça et de le faire très bien.
    Le soir on aura à nouveau un temps qui sera cette fois plus orienté grand public puisqu’on va accueillir à Nancy la projection en avant-première d’un documentaire qui s’appelle LOL, logiciel libre une affaire sérieuse. On organise cette projection dans notre musée des Beaux-Arts qui sera ouvert gratuitement, ce qui sera aussi l’occasion de discuter avec un des coauteurs du documentaire qui s’appelle Thierry Bayoud.
    Donc il y en aura pour tout le monde pendant cette journée du 26 novembre.

    Frédéric Couchet : Je précise pour les personnes qui s’intéressent à l’émission qu’avant d’aller à Nancy elles peuvent écouter le podcast de l’émission du 11 juin 2019 dans laquelle nous avions reçu Thierry Bayoud pour son documentaire LOL, logiciel libre une affaire sérieuse, qui est très bien et je ne le dis pas uniquement parce que je suis dedans. Tous les gens qui l’ont vu, notamment grand public, disent qu’il est vraiment très bien fait. Et concernant la Gendarmerie nationale, effectivement son retour d’expérience est très intéressant. Il y a le podcast de l’émission du 3 septembre 2019 avec le lieutenant-colonel Stéphane Dumond qui avait fait un retour d’expérience. Je vous encourage vraiment à aller à Nancy.
    J’ai aussi noté, dans le programme, une chose qui peut intéresser les gens, c’est la Déambulation libre au Village Gourmand de Saint-Nicolas. Est-ce que ça va être l’occasion de déguster des spécialités de la ville de Nancy aussi avec un petit peu de vin chaud, pain d’épices, bergamote ?

    Romain Pierronnet : Oui. Il faut, mais toujours avec modération bien sûr. C’est effectivement une très bonne période pour découvrir les fêtes de Saint-Nicolas à Nancy. On fête aussi Noël à Nancy, mais on prépare le terrain avec la fête de Saint-Nicolas toujours un petit peu avant, et il y a effectivement du vin chaud et des spécialités à venir tester.

    Frédéric Couchet : D’accord. Est-ce que cette journée s’adresse à tout le monde ? Est-ce qu’il faut s’inscrire ? Est-ce que c’est payant ?

    Romain Pierronnet : C’est gratuit, première chose. Ça s’adresse à tout le monde au sens où c’est ouvert à tout le monde, on demande simplement aux gens de s’inscrire pour des raisons, je dirais, de calibrage de la journée, des places assises et du café, parce qu’il faut toujours un petit peu de café, quand même, dans ce genre d’évènement.
    Après, en fonction du programme, il y aura des temps qui seront peut-être plus adaptés à du grand public, je pense notamment au matin et au soir. Je dirais que l’après-midi sera peut-être plutôt orienté vers un public de spécialistes et d’agents du service public.
    Mais sur le principe, évidemment, peut venir et peut venir gratuitement toute personne intéressée à tout moment de cette journée.

    Frédéric Couchet : D’accord. Est-ce qu’il y a un site web sur lequel les gens peuvent aller pour s’inscrire ?

    Romain Pierronnet : Tout à fait, sur nancy.fr, le site de la collectivité, ils trouveront la présentation du programme et le lien pour s’inscrire.

    Frédéric Couchet : D’accord. On va préciser que le Libre sur la Place, pour les gens qui ne connaissent pas Nancy, qu’ils ont tout intérêt à y aller un jour, c’est la fameuse place Stanislas de Nancy.

    Romain Pierronnet : Le nom de la manifestation est un petit clin d’œil à notre salon de rentrée littéraire qui a lieu tous les ans au mois de septembre, qui s’appelle le Livre sur la Place, qui est une ancienne manifestation, donc on a fait un petit clin d’œil avec le Libre sur la Place. Raison de plus, effectivement, de venir au Libre sur la Place c’est que la manifestation se déroule à l’hôtel de ville et au musée des Beaux-Arts, ce qui permettra d’avoir une vue directe sur la place Stanislas, de profiter de cette place qui rend les nancéiennes et les nancéiens un petit peu chauvins. En plus de ça, il y a un son et lumières qui est projeté sur la façade de l’hôtel de ville pour la Saint-Nicolas le soir et c’est aussi l’occasion d’en profiter.

    Frédéric Couchet : Vous avez tout à fait raison d’être très fiers de cette place, elle est vraiment magnifique. Est-ce que vous souhaitez ajouter quelque chose Romain Pierronnet ?

    Romain Pierronnet : Que je crois et qu’on est de plus en plus nombreux à croire, dans le secteur public, que le logiciel libre a vraiment de l’avenir et qu’il faut continuer à défendre cette idée que c’est non seulement de la bonne gestion des deniers publics, mais aussi un gage d’un meilleur service public rendu aux habitants et qui laisse toute sa place aux agents. Je défends cette idée vraiment aussi souvent que nécessaire.

    Frédéric Couchet : Merci. En tout cas je vous remercie pour cette prise de position, pour tout ce que fait Nancy en faveur du logiciel libre et pour l’évènement que vous organisez.
    C’était Romain Pierronnet qui est adjoint au maire délégué aux écoles, à l’éducation et au numérique pour la ville de Nancy, pour l’évènement Le Libre sur la Place qui se déroule à Nancy le 26 novembre 2019. Les informations sont sur le site nancy.fr.
    Je vous souhaite de passer une agréable fin de journée.

    Romain Pierronnet : Merci. Pareillement.

    Frédéric Couchet : Au revoir.

    Romain Pierronnet : Au revoir

    Annonces

    Frédéric Couchet : Quelques annonces de fin d’émissions.

    [Virgule musicale]

    Frédéric Couchet : Jeudi 21 novembre il se passe pas mal des choses.
    À Marseille il y a une conférence « Les logiciels libres Les Logiciels Libres : quel projet de société ? » avec Jean-Christophe Becquet. Jean-Christophe Becquet est président de l’April et chroniqueur dans l’émission Libre à vous!. Ça se passera à 18 heures 30 au Foyer du peuple, 50 rue Brandis à Marseille et c’est organisé par nos camarades de l’association CercLL donc le Cercle d’Entraide et Réseau Coopératif autour des Logiciels Libres. Vous retrouverez les références sur le site de l’Agenda du Libre.
    Ce même jeudi soir, 21 novembre, il y a un apéro April à Montpellier qui se passe au DoTank, 2 rue du Pavillon à partir de 18 heures 45/9 heures.
    À Paris il y a la réunion du groupe de travail Sensibilisation de l’April qui se déroule dans le cadre de la soirée de contribution au Libre à partir de 19 heures à la FPH 38 rue Saint-Sabin. N’hésitez pas à vous y rendre, c’est ouvert à toute personne membre ou pas de l’April.
    Vous retrouverez tous les autres évènements sur le site de l’Agenda du Libre, agendadulibre.org.

    Je vais vous rappeler, parce que de temps en temps j’oublie, que la radio dispose d’une boîte vocale. Si vous cherchez à faire connaître votre travail, parler d’un projet qui vous tient à cœur, déclamer un poème, vous pouvez appeler le 01 88 32 54 33, votre message passera à l’antenne. La durée maximale d’un message, de mémoire, est de dix minutes. Je rappelle le numéro : 01 88 32 54 33.

    Notre émission se termine. Je remercie les personnes qui ont participé à l'émission du jour : Emmanuel Revah qui était en studio, Catherine Dufour et Magali Garnero – l’interview a été enregistrée il y a quelques jours –, Romain Pierronet. Aux manettes de la régie aujourd’hui Patrick Creusot bénévole à l’April.
    Merci également à Sylvain Keutsman, bénévole à l’April, enseignant, compositeur, militant des libertés informatiques, qui traite les podcasts avant leur mise en ligne. Merci également à Olivier Grieco, le directeur d’antenne de la radio, qui finalise ce traitement des podcasts, ce qui vous permet d’avoir des podcasts de bien meilleure qualité souvent que le direct, même tout le temps.

    Vous retrouverez sur le site de l'April, april.org, et sur le site de la radio, causecommune.fm, toutes les références utiles ainsi que les moyens de nous contacter. N’hésitez pas à nous faire des retours sur l’émission pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration. Toutes vos remarques et questions sont les bienvenues. Vous pouvez également nous contacter par courriel à l’adresse libreavous@april.org.

    Nous vous remercions d'avoir écouté l'émission du jour. Si vous avez aimé cette émission n’hésitez pas à en parler le plus possible autour de vous, faites-là connaître ; faites également connaître la radio Cause Commune, il y a plein d’émissions tout à fait intéressantes sur cette radio.

    La prochaine émission aura lieu en direct mardi 26 novembre à 15 heures 30. Notre sujet principal portera sur des structures privées qui donnent la priorité au logiciel Libre. Nous aurons des personnes de la MAIF et d’Enercoop.

    Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve en direct mardi 26 novembre 2019 et d’ici là portez-vous bien.

    Générique de fin d'émission :Wesh Tone par Realaze.