2009-12-29 Culture libre sur le site du CESEP

Le CESEP, Centre Socialiste d'Education Permanente sis à Nivelles, édite une jolie revue qui en plus d'annoncer leurs programmes de formation, consacre assez fréquemment du rédactionnel aux logiciels libres.

La dernière parution de «Secouez-vous les idées»:

http://www.cesep.be/SERVICES/PERIODIQUES/images/SECOUEZ_80_Page_01.jpg

incluait un dossier «Du logiciel à la Culture Libre» dont les textes intégraux sont disponibles sur leur site.

Au menu:

  1. Les logiciels libres : la loi c'est le code (lecture de Lawrence Lessig);
  2. Pour une culture libre (toujours Lessig, mais en examinant le phénomène des Creative Commons et leur application au livre - l'exemple de In Libro Veritas - et à la musique);
  3. Un film gratuit, c'est un film mort (les points de vue adverses de Luc Besson et Kassandre);
  4. Sophie GAUTIER ouvre les portes du projet OpenOffice.org

J'ai relevé ceci dans l'article sur la culture libre (le 2):

«La manière dont nous accédons à Internet aujourd'hui est une technologie de transition. Les politiques doivent en avoir conscience. La question ne devrait pas être "comment la loi devrait réguler le partage de fichiers aujourd'hui" mais "que faire lorsque l'accès à l'information, et aux contenus culturels, sera devenu instantané", ce qui sera le cas dans 10 ans. Le "problème" du partage des fichiers va de plus en plus disparaître dans la mesure où il sera plus facile de se connecter à des services de diffusion en direct et en temps réel que de télécharger des contenus.»

et je n'adhère pas vraiment à cette vision. Exprimé ainsi, cela donnerait à croire que le partage de fichiers - et les technologies de peer to peer qui l'ont propulsé - serait une conséquence technique de la lenteur et de la difficulté des échanges «conventionnels». Comme si c'était pour disposer de meilleures disponibilités des fichiers et d'une offre plus large que ces techniques s'étaient imposées.

Je suis assez convaincu que la majorité des échanges illégaux de fichiers musicaux ou autre concernent en fait des productions qui n'ont rien d'alternatif (de grosses productions hollywoodiennes, des variétés formatées...) et que les principales motivations de leurs utilisateurs sont purement d'éviter de mettre la main au portefeuille. On peut leur trouver des excuses, ce qu'ils téléchargent ne vaut pas beaucoup plus que le prix qu'ils sont prêts à donner - c'est à dire pas grand-chose - mais ce n'est sans doute pas leur avis... Les utilisateurs plus pointus qui collectent par ces canaux des productions difficiles à trouver ailleurs constituent certainement une proportion assez minoritaire.

Et vu que les vitesses de téléchargement, ainsi que la commodité d'emploi, des circuits du peer to peer, ne sont pas supérieures à celles de l'offre légale, l'argument semble peu convainquant.

Je n'aime pas non plus l'opposition qui est faite entre le téléchargement et la «diffusion en direct et en temps réel» (je présume que c'est ce qu'on entend d'habitude par le streaming), puisque dans les deux cas, des données sont «téléchargées» vers l'ordinateur de l'utilisateur.

La différence entre les deux serait alors que dans le premier cas, l'utilisateur «subit» une programmation imposée, tandis dans le second, il sélectionne et conserve (!) les medias pour une utilisation à son gré. Pour que le streaming parvienne à diminuer l'attrait du téléchargement - légal ou non - il faudrait que l'utilisateur soit assuré de trouver une programmation correspondant à ses goûts et son humeur du moment. On s'en approche avec des stations comme Last.fm, mais peut-on imaginer que cela soit un jour suffisant pour nous dispenser du besoin de sécurité que procure la «détention» - sinon la propriété... - d'un fichier sur un support personnel?

Comment ces fournisseurs assureront-ils leur financement ? Par abonnement ? Par publicité ? Celle-ci n'est pas trop intrusive s'il s'agit de bandeaux publicitaires sur la page d'une radio web, mais s'il faut envisager, dans un avenir pas très lointain, du streaming vers des balladeurs audio ou des téléphones, les publicités seront-elles insérées entre les plages musicales?

J'ai également des doutes et des inquiétudes sur la maîtrise de notre pratique culturelle dans un tel scénario. Comparons un instant avec l'époque de l'enregistrement vidéo sur support VHS.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/8/8b/Beta_tape_sizes_2.jpg/400px-Beta_tape_sizes_2.jpg

Le public se distinguait à mon avis en deux catégories. D'un côté ceux qui y voyaient un moyen d'accéder à des programmes à des horaires qui leur convenait (ce qui en soi était une révolution), de l'autre les «collectionneurs» qui s'en servaient pour conserver des programmes rares, qu'ils n'étaient pas assurés de retrouver dans l'offre commerciale1. Dans la réalité, ces catégories sont bien sûr plus ou moins mêlées.

La première, celle qui se contentait de la facilité du différé, verra comme une forme de progrès 2 la télévision à la demande qui leur est fournie via les offres conjointes des fournisseurs d'accès. À l'opposé, les «collectionneurs» ne voyaient aucun frein entraver leur pratique. Le support était malcommode, la qualité d'image médiocre, mais au moins, il n'y avait pas un flic dans chaque appareil. Les décodeurs-enregistreurs qu'imposent le numérique et ces nouveaux services permettront-ils d'exporter et partager les contenus via des formats et des protocoles ouverts? Je pose la question, n'ayant plus moi-même la télé, et me tenant prudemment à l'écart de ces nouvelles pratiques. En d'autres termes, ces nouvelles facilités seront-elles le moyen de faire avaler la pilule, d'imposer en douce de nouvelles manières de cadenasser les contenus, après une période faste où l'ordinateur personnel, outil malcommode mais polyvalent, aura permis de contourner toutes les protections imaginables ?

Pour toutes ces raisons, j'imagine mal un scénario où l'expansion des «services de diffusion en direct», pour reprendre l'expression de l'auteur, rendra obsolète le téléchargement, et imposera de trouver un mode de rétribution équitable des artistes. Il me semble plus probable que c'est l'inverse qui se passera, la mise en oeuvre de ce mode de rétribution qui sera en fait la condition de développement de ces services.

Pour le reste, quant au fait que nous vivons une période de transition et pour l'aveuglement du politique, c'est sans doute assez juste, hélas.

Les articles sont par ailleurs accompagnés de références utiles, l'ensemble du dossier est une introduction à conseiller. On pardonnera même aux auteurs d'une association dont les efforts pour encourager l'utilisation du libre dans leurs formations professionnelles sont louables, d'utiliser Microsoft Office pour les pages web de ce dossier :-) :

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Bonne lecture.

Footnotes:

1. J'ai ainsi conservé des enregistrements, réalisés aux petites heures, de films d'animation introuvables, lors d'émissions consacrées au festival d'Annecy. Il ne me manque plus qu'un lecteur VHS...

http://www.la-fabrique.com/image_bdd/la_demoiselle_et_le_violoncelliste.jpg

http://fr.wikipedia.org/wiki/La_demoiselle_et_le_violoncelliste

2. Bien des gens reconnaissent à demi-mot n'avoir jamais rien compris au mode d'emploi de leur magnétoscope. Ou dans le meilleur des cas, avaient oublié comment faire le jour où était programmée la seule émission qu'il ne fallait pas rater. Résultat, on n'enregistrait plus... Il y avait aussi ceux qui accumulaient des tonnes de cassettes qu'ils «devaient regarder» mais qu'ils ne visionnaient jamais. Les comportements humains sont pleins de mystères.